Priorités de la francophonie: Des secteurs à peine pris en compte à Madagascar
Santé, énergie propre, eau, sécurité, économie bleue, décentralisation… Ce sont autant de secteurs priorisés par les chefs d’Etat et de gouvernement des pays de la francophonie. En effet, ces secteurs ont fait l’objet de résolutions prises à l’issue du sommet de la francophonie dimanche dernier au Centre des conférences international (CCI Ivato). Et jusqu’à preuve du contraire, Madagascar, pays hôte de cette rencontre, est parmi les pays francophones. Seulement, il adhère à cette priorisation mais seulement dans les discours officiels. En revanche, la réalité est tout autre parce que l’engagement des dirigeants malagasy pour ces secteurs n’est pas effectif. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur le budget consacré à la santé publique : il est en régression continue par rapport au budget public total. Il est passé de 6,1% du total en 2016 à 5,5% en 2017 et à 4,6% en 2018. Or, Madagascar a adhéré à la déclaration d’Abuja, laquelle préconise d’allouer 15% du budget national au secteur de la santé. Si la situation est acceptable dans ce secteur, la baisse du budget serait compréhensible. Mais ce n’est pas le cas puisque Madagascar n’a atteint en 2015 aucun des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) incluant les performances en matière de santé publique. Les enfants et les femmes enceintes sont parmi les victimes de cette situation.
Quant à l’énergie propre, Madagascar voit également régresser la part de la production électrique issue des ressources renouvelables. Si elle était à 70% dans les années 90 et jusqu’au début des années 2000, elle est maintenant en-dessous de 60% (59% et quelques si l’on se réfère aux données du dernier tableau de bord économique de l’Institut national de la statistique ou INSTAT). Encore 90% des ménages utilisent encore le charbon de bois et le bois de chauffe comme combustible domestique. La promotion de combustibles propres comme l’éthanol se fait à pas de tortue. Quant au gaz domestique, il est encore trop cher pour la plus grande majorité des ménages. Et on ne parle pas des grands retards pris par l’Etat pour l’assainissement et la revitalisation de la Jirama, pourtant un pilier du secteur énergie à Madagascar. Pire, cette société achèterait 70% de sa production électrique auprès d’entreprises privées dont la quasi-totalité fournit de l’électricité issue de centrales thermiques et donc polluantes. Théoriquement en banqueroute depuis des lustres, la Jirama ne fonctionne plus qu’à coup de méga-subventions. Mais l’Etat tarde à résoudre cette longue crise énergétique. Madagascar va-t-il profiter de la résolution du sommet de la francophonie sur l’énergie propre pour changer la donne ?
Il faudra attendre pour voir. En attendant, les chefs d’Etat et de gouvernement de la francophonie soutiennent la mise en œuvre de l’initiative sur les énergies renouvelables en Afrique et demandent à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), notamment à travers l’Institut de la francophonie pour le développement durable (IFDD), d’aider les pays d’Afrique francophone à en bénéficier et de favoriser l’émergence de solutions pour l’amélioration de l’accès à l’énergie durable en zones rurales… Mais là aussi, il faudra attendre pour voir se matérialiser cette résolution. Tout dépend aussi de la volonté des dirigeants.
Fanjanarivo