chronique de N. Razafilahy: L’après-Rajaonarimampianina a déjà commencé

D’abord, ne pas nous faire dire ce que nous ne voulons dire. Il faut se souvenir que l’actuel président de la République «est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. » Mais pour rendre possible le déroulement de l’élection présidentielle, Hery Rajaonarimampianina doit démissionner avant. Il remet ensuite les pouvoirs au Président du Sénat qui va assurer l’intérim durant la période pré-électorale jusqu’à la prestation de serment du prochain président.

Tout dépendra ensuite des circonstances et du verdict des urnes, il est fort possible aussi qu’il se succède à lui-même. Pour les acteurs politiques qui ne militent pas au sein du parti présidentiel HVM, les chasseurs de têtes sont déjà à l’œuvre pour trouver un prétendant à la magistrature suprême. Ce n’est plus un secret. Il y a plusieurs raisons qui poussent la classe politique, la société civile et certains citoyens à se lancer dans cette entreprise qui consiste à tâter d’ores et déjà le terrain, dans le but de changer le cours de l’histoire de ce pays en passant dans l’isoloir. Ils écartent pourtant de manière énergique toute idée de chercher à arriver au pouvoir par une conjuration ou une voie insurrectionnelle, même si quelques têtes brûlées n’arrêtent pas caresser la tentation de franchir le Rubicon…D’abord, la populace est suffisamment échaudée par toutes ces successions d’émeutes qui, au cours de l’Histoire récente de ce pays avaient abouti à des crises terribles dont les seules victimes étaient la masse populaire et les seuls gagnants cette bourgeoisie toujours émergeante de nouveaux riches. Prompte à saisir les opportunités bonnes ou mauvaises, illicites ou pas, ils prennent le train VVV en marche pour laisser pitoyables sur les quais, les foules de badauds et de dupes qui ont servi de chair à canon durant les sombres journées des émeutes sanglantes. Il est donc hors de question que des beaux parleurs aux discours enflammés puissent entraîner encore les gens à affronter les forces de répression. Ne pas croire surtout que ce réflexe de prudence des habitants résignés sous la pression de la mauvaise gouvernance de ce régime est une forme de lâcheté ou de couardise. Derrière cette attitude attentiste passive, bouillonne une colère difficilement comprimée qui n’attend que l’occasion favorable pour s’exprimer par les votes sanctions ou pourquoi par autre chose… Selon les conjonctures. Comme quoi, les personnalités actuelles au pouvoir ne doivent pas trop dormir sur les lauriers de ces sommets de toutes les promesses. Ils devront se méfier car «il n'est pire eau que celle qui dort.»

De l’avis même de certains experts en matière de géopolitique internationale, ce n’est pas parce qu’un pays avait cru réussir à réunir en apparence les conditions de déroulement de 2 sommets internationaux importants (il faut le reconnaître) successifs qu’il y a lieu de crier victoire sur tous les tons et s’imaginer obtenir un quitus politicien pour rafler haut la main un autre prochain mandat présidentiel. Il est vrai qu’il n’y encore aucun concurrent sérieux déclaré pour l’échéance de 2018. Frappés par la gangrène de la prostitution politique cette maladie incurable héréditaire, les partis qui se réclament de l’opposition sont divisés et n’arrivent pas trouver un candidat unique suffisamment crédible pour tenir la dragée haute à l’actuel président de la République. A la tête de ce qui reste d’un parti TIM déchiré par les ambitions divergentes de ses cadres, depuis qu’il est de retour au pays, Marc Ravalomanana avait envisagé de briguer un autre mandat, mais lui aussi, il n’arrive pas se débarrasser de toute cette batterie de casseroles fiscales, judiciaires et de l’usage abusif des prérogatives étatiques pour ne plus faire la différence entre les trésoreries de l’empire TIKO et les deniers de l’Etat. Handicaps sérieux que même le projet de loi sur la réconciliation ne pourra jamais gommer à coups de décrets d’application…Comment expliquer aux yeux de leurs futurs électeurs les complicités indéniables avec les mafias des trafics des bois de rose, d’or, d’autres minerais précieux et les destinations finales des recettes illicites de ces milliards d’Ariary de biens mal acquis qui dorment dans quelques paradis fiscaux de l’Océan Indien, de Singapour, d’Hong-Kong ou d’ailleurs ? Les justifications légales exigées jusqu’ici ne suffisent plus. Les textes régissant les consultations électorales doivent être révisés de fond en comble pour barrer la route à des candidats souillés par les compromissions avec les pillages systématiques de nos ressources. Pour la simple et bonne raison que pendant des années durant, ils avaient favorisé la jouissance de ces richesses de notre île au profit de leurs maîtres et corrupteurs étrangers ou locaux. Personne ne peut reprocher aux observateurs de Sefafi d’avoir raison de dénoncer que « L’exercice du pouvoir ne s’improvise pas. Il est le fruit d’une expérience pratique et doit respecter une éthique, ainsi que les procédures et les règles qui existent. » Surtout que « Nul n’est au-dessus de la loi, dit-on - sauf la classe politique. À preuve, l’impunité est garantie aux tenants du pouvoir et à leur entourage, à tous les niveaux. Aucun dirigeant n’a jamais été condamné pour détournement de fonds publics, pour abus de pouvoir, pour trafic de bois précieux, pour accaparement illicite de terres ou pour contrat minier clandestin. Plus grave, l’absence de sanctions s’étend aux violations de la Constitution, régulièrement légitimées par la Haute Cour Constitutionnelle, ce qui les met à l’abri de toute contestation. Il en fut ainsi des articles 54 (nomination du Premier ministre) ou 72 (mandat impératif des députés). (…) La gravité de la situation présente n’échappe à personne – si ce n’est peut-être aux politiciens qui vivent hors du réel. Les signaux d’alarme se multiplient, venant de tous les horizons de la société civile. »

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