édito: Retour vers le futur …
A partir de demain se tient à Paris la conférence des bailleurs et des investisseurs de Madagascar. Il s’agit d’un rendez-vous particulièrement important analogue à ce qui s’était tenu en 2003 au même endroit à la suite de la crise post-électorale. Cette fois-ci, les investisseurs sont associés aux bailleurs de fonds qui sont déjà très actifs à Madagascar depuis le retour à l’ordre constitutionnel. Mais leurs aides, sous forme de subventions ou de prêts, ne suffisent pas pour rattraper le retard de sous-développement accumulé depuis un demi-siècle.
On mise donc sur les investissements des privés et pourquoi pas des sociétés publiques étrangères pour valoriser nos ressources, créer des emplois, développer le marché et l’économie en général. Sans l’argent et la technologie apportée par Sherritt et compagnie, la terre latéritique n’aurait jamais pu être transformée en dollars et en euros. Madagascar manque cruellement de capitaux. Mais la population en a-t-il conscience ?
Toujours est-il que l’ombre du gisement aurifère de Soamahamanina risquerait de peser lourd dans la salle de l’Unesco à Paris où se tiendra la réunion, les récriminations du secteur privé qui font certainement écho à l’extérieur et notre piètre classement au Doing business de la Banque mondiale n’arrangeant pas les choses.
C’est donc tout à l’honneur des bailleurs de vouloir cautionner malgré tout Madagascar en invitant les investisseurs. La démarche aurait été encore plus efficace si les bailleurs eux-mêmes consentaient enfin à établir les bases d’une paix sociale et de vrai développement. Tout en leur exprimant notre reconnaissance pour leur immense sans laquelle on n’oserait imagine où on serait aujourd’hui, les bailleurs n’ont réussi jusqu’à présent à trouver la formule idoine pour nous sortir. Leurs actions étaient plutôt stéréotypées, de l’ajustement structurel aux stratégies pays en passant par les plans pays (Madagascar Plan, Ghana Plan …). Les actions tournent résolument le dos au passé alors que pour le cas de Madagascar, c’est par le passé que la population a connu le mieux-être.
Dans le temps, la Grande Ile exportait jusqu’à 300 000 t de café. C’était sur cette spéculation que l’Amiral avait d’ailleurs basé sa politique d’investissement à outrance. Avec un marché aussi important que la Chine, pourquoi ne pas relancer la culture caféière dans le sud-est du pays avec ce que cela suppose d’encadrement ? On veut de Madagascar le grenier de l’argent mais que sont devenus les grands aménagements hydro-agricoles ? Les périmètres irrigués souffrent par ailleurs de l’ensablement à cause de la dégradation de l’environnement et de la politique de la Banque mondiale qui avait décidé, à la fin des années 80, de démanteler la vulgarisation et le génie ruraux. Résultat : plus de Poclain pour désengorger les canaux d’irrigation, ni de vulgarisateurs pour apporter les nouvelles semences et techniques.
Madagascar, dit-on, était un grand producteur de coton, de riz, d’arachide, de tabac... Pourquoi ne pas revenir sur ces bases ? Pourquoi ne pas imaginer une grosse pipeline des embouchures du sud-est vers le sud où de puissants surpresseurs permettraient d’arroser l’Androy. Pourquoi laisse-t-on les producteurs d’électricités indépendants faire du profit et renouveller leurs outils et pas la Jira ma ? Pourquoi l’Etat reste inerte devant la hausse effrénée des prix de la vanille ? Doit-on s’étonner de l’insécurité au pays quand le nombre de camps militaires et de soldats aussi) est resté le même que du temps où on ne comptait que 6 millions d’habitants ? La redynamisation du service militaire aurait aussi permis d’absorber un tant soit peu le chômage, d’encadrer le milieu rural et de suppléer le manque d’enseignants. Il permettrait également de réaliser de grands travaux comme du temps de Galliéni. Chut ! Les bailleurs se tournent vers le futur…
Salomon Ravelontsalama
Commentaires
Faut aussi faire la différence entre les techniciens (économistes) et les administrateurs (politiciens) parmi ces grandes institutions financières. Les premiers ont la tête sur les épaules.
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