Conjoncture politique: La désindustrialisation prend le pas
De 15% du PIB dans les années 90, la part de l’industrie dans l’économie régresse pour se situer à une moyenne de 11,9% de 2000 à 2014, selon les données de l’Institut national de la statistique (INSTAT). Le salon de l’industrie de Madagascar (SIM 2016) s’est tenu dans la capitale au cours du sommet de la francophonie. C’était une occasion d’inciter de nouveaux investisseurs à entrer dans le secteur. Malgré tout, le recul de la part de l’industrie dans l’économie est flagrant. Madagascar n’est pas le seul pays du continent à être affecté de cette désindustrialisation. Car de 1980 à 2013, le poids de l’industrie dans l’économie de l’Afrique est passé de 12 à 11%, se maintenant ainsi à son plus bas niveau de toutes les régions en développement. Cette désindustrialisation affecte d’autres régions du monde. Mais pour l’Afrique, elle est particulièrement plus grave en raison de la faiblesse de ses infrastructures. Pour Madagascar donc, la situation est encore plus critique. Le pays est parmi les Etats subsahariens à afficher un très faible niveau en matière d’infrastructures. Une étude de la Banque mondiale datée de 2013 souligne que malgré un niveau économique comparable, Madagascar dispose de 9 fois moins de routes par km2 que l’Ouganda et 12 fois moins de production énergétique que le Mozambique.
Il est probable que la situation empire sur les 3 dernières années dans la mesure où les travaux routiers se font rares. Puis, la Jirama est loin de voir le bout du tunnel. L’industrie devrait toutefois contribuer au développement du patrimoine des infrastructures économiques. Citons les infrastructures portuaires et aéroportuaires, les installations électriques, les routes, les chemins de fer, etc. La désindustrialisation conjuguée à un climat des affaires morose et à des faibles infrastructures risque fort de détourner les investisseurs potentiels de la destination Madagascar. En effet, si ces derniers sont encore obligés d’investir dans des ports, des centrales électriques, des routes et autres infrastructures, le coût de leurs investissements est appelé à augmenter de manière significative. Si l’on prend le cas de la compagnie Rio Tinto QMM, elle a dû injecter 240 millions de dollars pour la construction du port Ehoala à Fort-Dauphin, contre 35 millions de dollars pour l’Etat malagasy à travers un prêt auprès de la Banque mondiale. Des opérateurs de l’industrie extractive avancent qu’investir à Madagascar coûte 40% plus cher qu’ailleurs. C’est à cause du manque d’infrastructures dont ce secteur a besoin, à savoir les routes, les ports…
Rien que sur ce plan, il est difficile pour Madagascar d’attirer de nouveaux investisseurs dans des secteurs comme l’industrie lourde dont les mines, le pétrole, le gaz. De plus, le pays est classé parmi les Etats fragiles depuis 2013. Un classement qui est, entre autres, synonyme de corruption généralisée, laquelle risque fort de faire fuir les investisseurs. En effet, s’ils sont déjà obligés d’investir dans les infrastructures, ils devraient aussi verser des juteux pots-de-vin. Et ce serait encore un autre poste de dépenses qu’il faut pouvoir d’une enveloppe conséquente. Il faut toutefois souligner que l’industrie devrait booster l’économie en créant de la valeur ajoutée et des emplois stables. Avec la désindustrialisation, Madagascar s’éloigne de ce schéma.
Fanjanarivo