6,4 milliards de dollars d’aides: Rien dans les marmites !

             « Pluies de dollars à Paris », « Montant historique de 10 milliards de dollars » … La presse pro-gouvernementale ne tarit pas d‘éloges à l’endroit du président Rajaonarimampianina qui a réussi à lever 10 milliards de dollars de financements dont plus de 4 milliards de dollars d’investissements par le secteur privé. Les moins jeunes se souviendront de la satisfaction des dirigeants d’alors quand les bailleurs de fonds réunis au sein du groupe consultatif de la Banque mondiale avait promis quelques centaines de millions de dollars, à la fin des années 80. Dans les années 90, la conclusion d’un accord avec le FMI et l’octroi de crédits par la Banque mondiale étaient considérées comme un critère de performance et de crédibilité. L’enthousiasme était à son comble quand au lendemain de la crise post-électorale, les Amis de Madagascar ont promis 2,7 milliards de dollars, en 2003 à Paris.

               Jamais Madagascar n’avait reçu autant volume d’aides. Les ménages croyaient que leur vie allait s’améliorer du jour au lendemain. La population ne voyait que la prospérité fulgurante du groupe Tiko, la pénurie du riz en fin 2005, et les routes. « On ne peut pas ingurgiter les routes pour assouvir notre famine », critiquait sévèrement un certain Roland Ratsiraka. Ironie du sort : il sera nommé ministre des Travaux publics dans le premier gouvernement de Hery Rajaonarimampianina.

               Ce régime, en fait, comme tous les précédents risque aujourd’hui de tomber dans le triomphalisme. Certes, le président Rajaonarimampianina et son équipe peuvent dire à ses détracteurs qu’ils ont eu la performance de lever des fonds pour sortir Madagascar de la pauvreté. Nos dirigeants actuels risquent toutefois de voir rapidement le robinet des bailleurs de fonds se fermer.

               Il faudrait d’abord se dire que la générosité des organismes internationaux et des pays amis n’est pas accordée parce que le régime actuel leur plaît. Les experts le confirmeront : nos donateurs veulent avant tout se rattraper. Avec 24 dollars par habitant, Madagascar est le second pays au monde à recevoir le moins d’aide après la Corée du Nord.

               Malgré ce rattrapage que les pays amis organisent sous le prétexte du retour à l’ordre constitutionnel, les 6,4 milliards ne sont que des promesses. Celles-ci ne seront concrétisées tant que l’Etat malgache ne remplisse pas certaines conditions réunies au sein d’une simple expression : la bonne gouvernance. Elle est plus que jamais exigée tant dans la gestion des finances pibliques que l’application des lois, la lutte contre la corruption et la préservation des ressources naturelles.

             Enfin, Hery Rajaonarimampianina devrait oser affirmer aux 24 millions de Malgaches que ces 4 milliards de dollars ne se transformeraient jamais en « vary sy laoka » (riz et viande) tant que chacun ne consent pas à faire des efforts dans le travail. Aucun dollar de ce pactole n’est, en effet, destiné à acheter des victuailles pour nourrir à leur faim la population. A l’exception des 36 millions de dollars offerts par la Banque mondiale (35 millions) et la Banque africaine de développement, pour le Sud, ces 6,4 ,milliards sont prévus d’établir les bases solides et de la croissance et combler les retards dans les secteurs sociaux. Il faudrait que le gouvernement explique à la population les tenants et les aboutissants de son programme national de développement (PND) pour lequel les bailleurs de fonds ont consenti ce financement. Il faudrait qu’ils enlèvent dans l’esprit de nos concitoyens les faux espoirs d’enrichissement dans le court terme. Les 3,4 milliards de dollars d’investissements annoncés par le secteur privé ne concernent que quelques projets hautement capitalistiques donc peu de retombées en termes d’emplois.

             Bref, les dizaines de radios, télévisions et journaux créés par le régime devraient s’atteler à faire une vaste communication destinée à expliquer les réalités à la population en vue de la mobiliser pour le travail. Mais ces médias savent-ils le faire ?

Salomon Ravelontsalama

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