1896-1960: Pour une indemnisation de Madagascar par la France (92ème partie)
Philosophe, romancier et journaliste Albert Camus, a exprimé ses engagements dans ses chroniques publiées dans le journal « Le Combat ». Le 10 mai 1947, il a vivement critiqué la répression française dans la Grande Ile, en ces termes : « Nous faisons ce que nous avons reproché aux Allemands de faire ». Albert Camus a trouvé les mots justes en établissant ce parallèle judicieux entre les crimes ignobles perpétrés par la France coloniale à Madagascar et ceux commis par les nazis quelques années plus tôt. On peut parler de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Les faits ont été reconnus par le Président de la République française de l’époque Vincent Auriol qui a déclaré ceci le 10 juillet 1947 : « Il y a eu évidemment des sévices et on a pris des sanctions. Il y a eu également des excès dans la répression. On a fusillé un peu à tort et à travers ». Cette dernière phrase, qui constitue un aveu historique, est très choquante. Les militaires français ont donc tiré sur les malgaches à l’aveuglette, comme au tir au pigeon dans une fête foraine. Cette fusillade à tort et à travers, prise à la légère par Vincent Auriol, a tout de même coûté la vie à 100.000 malgaches en quelques jours, soit 2,5% de la population de l’époque. C’est pire que les nazis ! Lorsqu’on sait que 100.000 malgaches supplémentaires sont décédés de faim et de maladies, cela nous fait que la France a exterminé près de 5% de la population malgache en 1947 et 1948. Si ce n’est pas un génocide, Dieu que cela y ressemble ! Les coupables de cette répression sanglante sont connus mais ils n’ont jamais été inquiétés puisqu’aucun procès des criminels n’a eu lieu. Les exécutants étaient les soldats de l’armée française, les légionnaires, les tirailleurs sénégalais, les membres du commando d’élite dénommé François et le Chef de District Le Chevanton. Ils répondaient aux ordres du Commandant Joubert, du Général Casseville et des hauts-commissaires Marcel de Coppet et Pierre de Chevigné. Au niveau des renseignements, le Chef de la Sureté Marcel Baron a joué un rôle décisif. Il ne faut pas oublier les véritables donneurs d’ordre du massacre de 1947. C’étaient les responsables politiques français de l’époque qui pantouflaient dans les salons feutrés parisiens. On peut citer Marius Moutet (Ministre de la France d’Outre-mer), François Mitterand (Ministre des Anciens Combattants), Paul Coste-Floret (Ministre de la Guerre) et Georges Bidault (Ministre des Affaires Etrangères). Ce carnage n’a pas eu se faire sans l’accord de Paul Ramadier (Président du Conseil) et Vincent Auriol (Chef de l’Etat). Que les français cessent parler de radicalisme et d’extrémisme à longueur de journée! Dans la mesure où la France coloniale a usé de méthodes radicales et extrémistes, la France contemporaine n’a aucune leçon à donner.
Ranary et Fabrice