Ravalomanana, Rajoelina, Ratsiraka: Rossy : « Amnistiez-les tous ! »
On prête au régime l’intention d’écarter de l’élection présidentielle de 2018, Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina et Didier Ratsiraka, les trois anciens chefs d’Etat qui s’annoncent déjà comme des adversaires coriaces de Hery Rajaonarimampianina. Pour appuyer cette affirmation, on avance le projet de formation du Conseil de Réconciliation Malgache (CRM) qui donne au chef de l’Etat le droit d’y nommer 6 membres sur 18. Ce texte, conçu par le gouvernement a été approuvé mardi par l’Assemblée nationale malgré l’opposition des députés TIM et MAPAR. Notons, en effet, que c’est le CRM qui aura la charge d’octroyer les amnisties après examen des dossiers de demandeurs. De quelle manière le régime va-t-il refuser l’amnistie aux ex-chefs d’Etat condamnés et les rendre ainsi inéligibles ? Avec l’aide des six membres du quota présidentiel, lesquels s’attacheront à gagner à leur cause trois autres membres du CRM pour former une majorité, avant le vote interne. Bref, le compte à rebours est enclenché et l’inéligibilité de deux au moins des ex-chefs d’Etat semble acquise.
C’est dans ces circonstances que le député Rahasimanana Paul Bert dit Rossy (Mapar-4ème arrondissement de Tana) a élevé la voix ainsi : « De grâce, s’il y en a qui vont être amnistiés, qu’on ne fasse pas de la discrimination. Qu’on les amnistie tous, Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina comme Didier Ratsiraka. De cette manière, la paix règnera au pays et il n’y aura pas de troubles ». On ne sait si l’appel de Rossy sera entendu… Notons que l’homme eut à pâtir de troubles politiques, et est autorisé à plaider pour la paix et l’harmonie. Conseiller spécial de Didier Ratsiraka, il fut contraint de fuir le pays dès le début des troubles de 2002, marqués par des affrontements sanglants entre pro-Ravalomanana et ratsirakistes. Installé en France, Rossy put néanmoins vivre de sa musique, l’Hexagone étant passionné par les rythmes tropicaux. Il ne put revenir au pays qu’en 2009, après la chute du régime de Marc Ravalomanana. Lors de son exil français, en tout cas, il a composé des morceaux empreints de la nostalgie du pays natal, et qui restent des tubes jusqu’à maintenant.
En tout cas, deux ex-chefs d’Etat ont fait l’objet de condamnation judiciaire et pourraient être éliminés de l’élection présidentielle si l’amnistie leur est refusée. En premier lieu, l’amiral Ratsiraka qui, lors des troubles déjà cités, s’est replié à Toamasina et a été accusé (entre autres) d’avoir pillé la Banque centrale locale. Jugé coupable d’avoir détourné environ 50 milliards d’ariary, il fut condamné à 10 ans de travaux forcés et à 10 millions de francs d’amende. En second lieu, Marc Ravalomanana, qui aurait donné à ses gardes l’ordre de tirer sur la foule massée devant le palais présidentiel le 7 février 2009. Accusé de meurtre et complicité de meurtre, il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Dans les deux cas néanmoins, les procès eurent lieu quand Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka étaient en fuite à l’étranger et que les tribunaux qui siégeaient n’avaient pas accordé des garanties d’équité aux prévenus. Les deux ex-chefs d’Etat récriminèrent contre « la justice des vainqueurs » et ont cherché à invalider leurs condamnations. Andry Rajoelina, lui, n’a pas été condamné mais, on estime qu’il peut être poursuivi dans deux affaires : d’abord pour avoir exhorté ses partisans à prendre possession du palais d’Ambohitsorohitra, ce qui a abouti au carnage du 7 février. Ensuite, pour avoir perpétré le coup d’Etat de mars 2009, pour lequel d’ailleurs il a été sanctionné par l’Union africaine.
Selon Rossy, l’élimination des trois ex-chefs d’Etat du scrutin de 2018 ne peut que générer de graves troubles au pays. D’où l’appel qu’il a lancé. Il faut peut-être l’écouter car lui, il connaît la… chanson.
Adelson RAZAFY