Délestage: Le président s’en fout
La fiévre électorale a-t-elle emporté Hery Rajaonarimampianina dans la promesse de régler le délestage en trois mois ? Il n'est peut-être pas le premier Président de la République de Madagascar à ne pas tenir ses paroles. Objectivement, le pari était très difficile à relever compte tenu de la faiblesse des moyens et la pression, et on ne devrait lui en tenir rigueur. Mais le retour en force du délestage, après la conférence des bailleurs et les 10 milliards de promesses de surcroît, relance de plus belle cette promesse non tenue. L'impatience est d'autant plus exacerbée qu'au lieu d'expliquer à la population ce qui se passe réellement, les médias du régime s'amusent plutôt à condamner "la petite minorité de 14% de Malgaches qui se plaignent du délestage" parce que, dit-on, la majorité n'a jamais été branchée à l'électricité.
Qui ne sait que les mercenaires obéissent aveuglement aux ordres de leur commanditaire, sans aucune jugeote ? Ceux de la presse malgache agissent-ils alors sur les ordres directs du président Rajaonarimampianina ? Toujours est-il qu'aussi aveuglés soient-ils par les sommes faramineuses, nos confrères doivent savoir que quand on met en place un service, payant de surcroît, il faut l'assurer que ce service desserve le grand nombre ou un infime public. Et dans cette histoire de délestage, il est clair que la défaillance du service ne vient pas de la Jirama.
Que le chef de l'Etat l'accepte ou non, ou que les stations B D (Bob Denard) le reconnaissent ou pas, nul ne peut contester que le président Rajaonarimampianina est la cause principale du délestage. Oui, il est responsable parce que c´est à lui et à lui seul de décider en dernier ressort s'il faut liquider ou faire ressusciter la Jirama.
Le problème du délestage est, en effet, lié intimement à la Jirama que les bailleurs de fonds, le FMI et la Banque mondiale, veulent démanteler. Peut-être qu'ils agissent pour le compte de puissants lobbys intéressés par le secteur on peut plus porteur de l'énergie, mais ce dont on est sûr est qu'ils ont marre d'injecter des fonds dans une société publique qu'ils savent être une vache à lait pour les gens au pouvoir. Qui ne sait que l’Etat a toujours pompé la Jirama ? Qui ignore que les contrats d’achat d’électricité auprès des fournisseurs privés et carburants sont tous initiés par les politiciens sur le dos de la Jirama qui subit ?
C'est donc au chef de l'Etat doublé d'expert-comptable de rétablir cette confiance car la soi-disante faiblesse de management au niveau de la Jirama n'est qu'une excuse. Les politiciens francais et occidentaux qualifieraient-ils Christine Lagarde et ses experts d'incompétents si le FMI venait à manquer un jour de ressources parce que conformément aux directives du conseil d'administration, le tiers de ses crédits ne seraient pas par exemple remboursables ?
Toujours est-il qu’une réforme de la Jirama ne peut être acceptée tant qu’on ne l’autorise pas à appliquer des tarifs au moins égaux à leurs prix de revient. C’est à cette échéance de vérité de prix que le FMI et la Banque mondiale veulent d’ailleurs parvenir. Si le régime croit vraiment que la fourniture d’électricité ne sert qu’une toute petite minorité de d’habitants, 14 % exactement, qu’il s’en foute du délestage et verse les 1500 milliards Fmg de subventions au million d’affamés dans le sud, des démunis dans le sud-est, des centaines de milliers d’abonnés à l’école buissonnière forcée à travers et, au millier de chômeurs que la Jirama aura versé sur le trottoir.
Bref, les abonnés n’exigent que le service pour lequel ils paient le prix fort, soit assuré sans aucune coupure. Ils ne veulent rien savoir des pressions budgétaires de l’Etat ni ses engagements pris avec le FMI. Pour le moment, ils ont l’impression que non seulement le président Rajaonarimampianina est dans l’incapacité de régler le problème du délestage mais en plus sa communication s’en fout complètement de la situation.
Salomon Ravelontsalama