Hery Rajaonarimampianina: Trois présidences pour deux ans

Pour deux ans, Hery Rajaonarimampianina va présider trois entités. On s’interroge déjà sur le niveau de sa prestation, vu que les trois charges sont plutôt prenantes. En premier lieu, il aura à gouverner Madagascar pendant deux ans encore, son mandat de cinq ans expirant fin 2018. En second lieu, il sera à la barre du Comesa pendant deux ans, car élu président en exercice de cette entité lors du sommet d’octobre dernier à Antananarivo. En troisième lieu, il présidera l’Organisation Internationale de la Francophonie pendant deux ans, jusqu’au prochain sommet qui aura lieu à Erevan (Arménie) en 2018. En raison de l’ampleur de la tâche dans chacune des trois entités, on craint que l’homme ne se disperse et ne fasse que du saupoudrage.

En fait, il se trouve surtout que Hery Rajaonarimampianina n’est guère performant au pays et dans ces conditions, il serait étonnant qu’il se distingue à la tête du Comesa et de la Francophonie. Au bout de trois ans de pouvoir à Madagascar, l’homme n’a pas encore imprimé un frémissement à l’économie du pays. Les données de 2016 sont toujours celles de 2014, et au plan international d’ailleurs, le classement de Madagascar s’est dégradé dans beaucoup de domaines. Les promesses les plus tonitruantes de la prise de fonction, comme l’éradication des délestages, sont restée vaines. Lors du discours de vœux de la semaine prochaine, le blabla présidentiel sur la promotion de l’économie et l’amélioration du niveau de vie ne trompera plus personne…

Dès lors, que pourra-t-il faire à la tête du Comesa alors qu’il n’a pas fait ses preuves chez lui ? Aura-t-il assez de tonus pour concrétiser les résolutions adoptées en octobre à Antananarivo ? Pourra-t-il par exemple « renforcer les échanges au sein du Comesa en consolidant les Pmi-Pme » ? On en doute quand au pays, l’homme ne suscite que les récriminations des entreprises en raison de son inaction. Le Gem (Groupement des Entreprises de Madagascar) diagnostique une « mort lente du secteur industriel malgache » en raison de la concurrence déloyale, des fraudes douanières, des détaxations illicites etc. Notons seulement que le sommet d’Antananarivo avait pour thème « Pour une industrialisation inclusive et durable ». Incapable d’assurer chez lui l’essor de l’industrie, peut-il transformer le Comesa et ses 19 membres en une « communauté économique industriellement compétitive à l’échelle internationale » ?

Même pessimisme au niveau de la Francophonie, même si lors de la clôture du sommet, Hery Rajaonarimampianina milite pour « des actions réelles ». Tout ce qui a été discuté à Antananarivo selon lui, va déboucher sur des actions concrètes. Quid de la « promotion de la démocratie, de l’état de droit et de la liberté d’expression, valeurs fondamentales de la Francophonie », alors qu’au pays, l’homme muselle l’opposition et réprime avec brutalité les manifs. Quid aussi de la résolution sur « l’énergie propre et durable pour tous en Afrique », alors qu’au pays, seuls 14% de la population bénéficient de l’eau et de l’électricité ? Lesquelles eau et électricité sont d’ailleurs sujettes à des coupures fréquentes surtout pour cause de mauvaise gouvernance et de malversation.

Bref, il faudrait un miracle pour qu’un chef d’Etat plutôt stérile au pays brille à la tête d’institutions internationales. Heureusement, cette impuissance manifeste ne se verra guère et ne ternira pas l’image de l’île. Car peu de chefs d’Etat étrangers ayant pris part aux sommets d’Antananarivo, peu aussi vont suivre de près la prestation du président en exercice...

Adelson RAZAFY

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