Vœux à Iavoloha: 1 300 invités et des milliards !
Pour faire preuve de reconnaissance et de gratitude envers les bailleurs de fonds qui promettent 6,4 milliards de dollars. Tel est l’objectif de la présentation des vœux aux corps constitués prévus ce 6 janvier au palais d’Etat d’Iavoloha si l’on se réfère aux propos d’une station de radio proche du pouvoir. Celle-ci avance également que le régime en place mérite amplement cette fête après avoir réussi à séduire les bailleurs de fonds à Paris lors de la conférence des bailleurs. Soit. Il faut seulement souligner qu’avec 1 300 invités, les contribuables devront casquer des milliards. Car si aucune information n’est pour le moment disponible concernant le budget à consacrer à ces festivités, il est fort probable que le repas, l’animation et l’organisation coûteront des milliards. Si l’on fait un rapide calcul basé sur un plat à 50 000 Ar par personne, il faudra non moins de 65 millions Ar, rien que pour le repas. C’est l’équivalent du revenu quotidien de près de 11 000 pauvres. Ces derniers incluant les mendiants de la rue de la capitale et les personnes vulnérables apprécieraient beaucoup si les dirigeants leur distribuent de quoi manger à leur faim, rien que pour le nouvel an.
Les bailleurs de fonds aussi puisqu’ils vont accorder cette enveloppe pour aider le pays à lutter contre la pauvreté. C’est l’objectif ultime du Plan national de développement (PND) et des projets de développement ainsi que des réformes institutionnelles et sectorielles. Rappelons que l’année dernière, le président tanzanien a refusé de célébrer la fête d’indépendance de son pays. Il a alloué le budget y afférent à l’assainissement et l’hygiène dans les hôpitaux étant donné que son pays a traversé une épidémie de choléra. Certes, aucune épidémie n’est à déplorer à Madagascar, mais la pauvreté et l’extrême pauvreté deviennent une maladie chronique grave qui affecte la grande majorité des Malagasy. Malgré tout, les dirigeants aiment toujours le clinquant et un train de vie de luxe. Ils apprécient aussi de faire le paon devant les bailleurs de fonds dans la mesure où la forte dépendance du pays en matière de financement vis-à-vis de ces derniers prévaut toujours. Le Programme d’investissement public (PIP) sera en 2017 financé par les aides extérieures à hauteur de plus de 76% du total. Et si l’exécutif va dresser un bilan de ses réalisations le 6 janvier prochain, ce bilan devrait être jugé à l’aune du niveau de pauvreté.
Soulignons que depuis 2014, soit sur 3 années durant, l’exécutif s’est à peine engagé sur la voie de la lutte contre la pauvreté. Déjà dépourvus d’une politique pour réduire la dépendance vis-à-vis des aides extérieures, les dirigeants n’ont pas non plus réussi à convaincre les bailleurs de fonds à aider Madagascar. Ce n’est que tout récemment à Paris qu’ils ont obtenu ces promesses de 6,4 milliards de dollars. Ils ne leur restent pourtant qu’une année pour engager le pays sur le chemin d’une croissance économique pro-pauvre, c'est-à-dire une croissance qui aide les pauvres à sortir de leur situation. Ce n’est pas suffisant. Vont-ils donc rempiler pour disposer d’assez de temps ? D’aucuns remarquent l’incapacité du pouvoir en place à restaurer la stabilité politique et une croissance économique favorable aux pauvres sur les 3 dernières années. Il a juste réussi à élaborer le PND et son plan de mise en œuvre. Et encore ! Ces documents n’ont pas eu une large adhésion et sont les cibles des critiques de nombreux économistes.
Fanjanarivo