Paysage économique mondial: Madagascar va à contre-courant

6,4 cents le kWh ou environ 210 Ar. C’est le prix de l’énergie solaire en Afrique du sud, s’il est de 198 Ar ou 6 cents en Zambie, d’après les données de la Banque mondiale sur les rétrospectives de l’année 2016. A Madagascar pourtant, un projet privé récemment lancé par le président de la république et censé alimenter 50 000 foyers, envisage de proposer un prix dépassant les 300 Ar/kWh. Ce prix est inférieur au prix de vente de la Jirama et ne va donc pas contribuer à creuser les pertes de cette société. Mais il n’en demeure pas moins qu’il sera élevé comparé à ce qui se pratique dans ces pays d’Afrique. En Chili, le prix du kWh solaire vaut même 2,9 cents ou 95 Ar ! Bref, la Banque mondiale affirme que l’énergie solaire n’a jamais été aussi abordable. Comme dans la plupart des cas donc, Madagascar va à contre-courant de ce qui s’observe sur le paysage économique mondial. Or, il est parmi les signataires de l’accord de Paris de 2015. Ledit accord porte sur la lutte contre le changement climatique et la transition énergétique est l’un des principaux objectifs de cet accord. Et dans les pays en développement, la Banque mondiale note que la baisse du coût des énergies renouvelables s’accompagne d’une forte hausse de la demande. En mai dernier en Zambie, un appel d’offres pour le développement de grandes centrales photovoltaïques a été remporté par un projet dont l’offre de prix est de 6 cents/kWh produit ou 4,7 cents/kWh sur 20 ans. C’est le plus bas tarif d’énergie solaire jamais enregistré en Afrique.

A Madagascar, le potentiel solaire est très important, soit 2 000 kWh/km2/an. Ce chiffre officiel date déjà et il serait peut-être mieux de le mettre à jour. En effet, le changement climatique est tel que la durée d’ensoleillement pourrait être encore plus longue. Il n’y a qu’à observer ce qui se passe dans la capitale. Le soleil tape très fort et brûle même la peau, alors que la pluie tarde à venir. Le réseau mondial sur les énergies renouvelables ou REN21 affirme que désormais, ces énergies sont de plus en plus compétitives face aux combustibles fossiles. Elles sont maintenant considérées comme des sources d’énergie ordinaires. Ce n’est pas encore le cas à Madagascar où l’hydroélectricité régresse par rapport à l’énergie thermique. Si elle a représenté 70% de la production de la Jirama jusque dans les années 90, elle recule pour se situer maintenant en dessous de 60%. De plus, les solutions pour résoudre les délestages se limitent souvent en la mise en place de centrales thermiques. De quoi accroître la part de l’énergie thermique au détriment de l’hydroélectricité. Et sur un fort potentiel hydroélectrique de 7 800 MW, le pays n’en utilise que 2%, soit 150 MW.

Des bailleurs de fonds qui appuient le secteur énergie affirment toutefois que l’hydroélectricité est l’avenir de Madagascar. Mais à ce rythme, ce potentiel risque encore de ne pas être exploité. Pareil pour le solaire. Autrement dit, les 85% des ménages malagasy non encore raccordés à l’électricité pourraient encore demeurer dans le noir pour si longtemps encore.