Bilan socioéconomique: Une année plus que morose
Même la Banque mondiale parle d’une année morose au niveau mondial quand elle dresse les rétrospectives de 2016. Madagascar n’échappe pas à la règle malgré les promesses d’une manne financière obtenue récemment à Paris. Dans la loi de finances 2017 pourtant, le gouvernement parle de « l’affermissement de la croissance inclusive ». Cette croissance est passée de 3,1% en 2015 à 4,1% en 2016. Une progression de 1% est constatée. Mais elle n’est pas si inclusive que cela puisque 62% de la population vivent encore dans l’extrême pauvreté selon les données de la Banque mondiale. Cette forte catégorie de la population ne dispose donc pas du strict minimum en termes de nourriture, de soins médicaux, d’éducation, d’accès à d’autres services socioéconomiques de base. Et ce chiffre n’est pas près de reculer. Il est donc illusoire de parler de croissance inclusive puisque plus de 6 Malagasy sur 10 sont encore exclus des actions de développement initiées par l’exécutif. Pire, le taux de pauvreté en milieu rural est de 77%. Certes, la croissance économique de cette année s’explique par l’essor du secteur agricole, mais celui-ci n’enregistre qu’un taux de croissance de 2,2% pour 2016.
La croissance démographique à Madagascar est pourtant de 2,8%. Cela signifie que la croissance du secteur agricole ne suit pas celle de la démographie. Autrement dit, l’essor de ce secteur évoqué par le gouvernement ne l’est pas vraiment. Il ne couvre pas la croissance démographique rurale qui est certainement plus importante que le niveau national. Comme quoi, la situation des ruraux continue à être morose. Sinon, la croissance économique de 2016 est également expliquée par le retour effectif de l’AGOA, cette loi américaine qui autorise l’exportation sans quota et en franchise douanière de plusieurs milliers d’articles. Seulement, le retour de l’AGOA est synonyme de création de 200 000 emplois non pas sur 1 an mais sur 5 ans. Toutefois, 200 000 jeunes par an arrivent sur le marché du travail, alors que le chômage déguisé en sous-emploi et en emplois inadéquats concerne 8 actifs sur 10. Là aussi, l’on ne peut pas parler de croissance inclusive, et les jeunes sont parmi les exclus de la croissance économique. Ils sont d’ailleurs plus de 7 sur 10 à devoir évoluer dans la pauvreté, selon les données onusiennes. Quant aux enfants, 82% des moins de 18 ans sont pauvres. La situation est pire pour les enfants ruraux puisque le taux y atteint 86,6%.
Le petit bond de 1% de la croissance économique pour cette année, c’est aussi la réouverture d’unités productrices de sucre. Mais le pays continue à en importer et c’est autant de devises qui devraient pourtant servir l’importation de biens d’équipement pour le développement de l’industrie. Sans l’industrie extractive, le secteur secondaire aurait continué à afficher une croissance anémiée. En effet, elle est toujours victime de la concurrence déloyale de nombreux produits importés frauduleusement, de la cherté des coûts des facteurs dont l’énergie et les transports… Quant à la tenue des sommets du COMESA et de la Francophonie qui, selon le gouvernement, a contribué à la croissance économique, elle l’a été effectivement mais seulement pour le secteur BTP. Celui-ci est connu pour générer des emplois temporaires, d’autant que le pays ne développe aucune politique efficace pour faire du BTP un bon réservoir d’emplois.
Fanjanarivo