Fin d’année: C’est la saison des complots !
Beaucoup de commentaires actuellement sur le projet de complot contre le régime Rajaonarimampianina rapporté sur Facebook. La presse audiovisuelle ayant repris et amplifié l’affaire, ce « putsch » est actuellement le sujet qui meuble les conversations. Selon toute vraisemblance, on a affaire aux fantasmes d’un comploteur en robe de chambre, et comme le scénario présente beaucoup d’incohérences, le coup d’Etat n’est pas viable. En gros, le « roman » se fonde sur le profond dépit des pro-Rajoelina, artisans de l’accession au pouvoir de Hery Rajaonarimampianina mais actuellement écartés des hautes sphères et même martyrisés. Ainsi, Andry Rajoelina est installé en tête de la conjuration, avec des généraux censés lui être restés fidèles comme Richard Ravalomanana et Bruno Razafindrakoto, ou des personnalités plutôt fumeuses qui lui sont attachées comme Elysée Ratsiraka, Organès Rakotomihantarizaka et Sareraka. Dans le lot, l’intrus est le pasteur Mailhol, chef de la secte Apokalypsy, qui n’a aucune affinité avec l’ex-chef de la transition. Mais se déclarant désigné par Dieu pour prendre en charge les destinées de Madagascar, et ayant fondé un parti politique à cette fin, l’homme a certainement des visées sur le pouvoir et a été inclus dans le groupe pour cette raison. Il reste qu’avec des officiers dont aucun n’est titulaire de commandement dans l’Armée, et avec des conjurés dont beaucoup ont plus de 70 ans, le putsch ressemble surtout à un gag…
En fait dans notre histoire, le mois de décembre et principalement les fêtes de fin d’année forment la saison qui se prête le mieux aux coups d’Etat. On ne sait trop à quoi attribuer cet état de fait. Peut-être à la trêve politique qui fait que le régime en place est moins vigilant. Peut-être aussi à la période fertile en retrouvailles et rassemblements de toutes natures. En tout cas, le premier coup d’Etat de notre histoire tire sa source de la période de fin d’année. Il s’agit de décembre 1974 lors duquel un groupe d’officiers aurait fait irruption dans le bureau du chef d’Etat, le général Gabriel Ramanantsoa, et l’aurait menacé avec des armes de poing tout en l’incitant à démissionner. Le mouvement s’est mué peu après en une mutinerie au camp du Gmp à Antanimora, suivie par la démission du général Gabriel Ramanantsoa et la remise des pleins pouvoirs le 5 février au colonel Richard Ratsimandrava. Tout ce tumulte a débouché une semaine plus tard sur l’assassinat par balles de ce nouveau chef d’Etat.
Idem pour le dernier coup d’Etat de notre histoire, né de la fermeture le 13 décembre 2008 par le régime en place de la TV Viva, propriété d’ Andry Rajoelina, maire de la capitale. L’épisode a pris une autre dimension avec la descente de ce dernier et de ses partisans sur la Place de la Démocratie à Ambohijatovo, puis sur la Place du 13 Mai. On n’évoquera par le « lundi noir » du 26 janvier, ni le « samedi rouge » du 7 février. En tout cas, des pans de l’Armée ayant rejoint Andry Rajoelina, l’affaire se terminera par la fuite du chef d’Etat en place et le transfert des pouvoirs du 17 mars 2009 à l’Episcopat d’Antanimena.
Beaucoup de grogne en tout cas dans les rangs de l’opposition comme chez les officiers de l’Armée. S’il n’y a pas de jonction entre les deux parties ni de menées hostiles au régime, la faute en est certainement à la crainte de l’inconnu, celui de l’« après putsch ». Notamment car maintenant, les instances internationales se montrent intransigeantes vis-à-vis des « changements inconstitutionnels » de régime et sanctionnent durablement les putschistes…
Adelson RAZAFY
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