Développement : Madagascar, un des mauvais élèves de la Banque mondiale

Les pays ayant bénéficié des crédits à taux concessionnels (crédits IDA) de la Banque mondiale enregistrent généralement des progrès significatifs selon une récente étude menée par cette institution. Dans les années 90 et 2000 pourtant, Madagascar était considéré un bon élève du FMI et de la Banque mondiale. Mais le fait est têtu, le pays n’a atteint en 2015 aucun des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ces objectifs avaient comme visée ultime la réduction de moitié de la pauvreté. Malgré les aides de la Banque mondiale et d’autres bailleurs de fonds donc, les dirigeants successifs ont fait preuve d’incompétence pour mettre le pays sur la voie du développement. Depuis l’indépendance, seuls trois régimes ont réussi à améliorer un tant soit peu le taux du PIB par habitant, un des indicateurs pour mesurer le développement. Sous Tsiranana, ce taux a été plutôt anémié avec 0,5% par an, contre 1,3% par an lors du retour de Ratsiraka au pouvoir entre 1997 et 2001, d’après les données de la Banque mondiale. Il a été de 3,2% par an sous Ravalomanana (2003-2008). Et c’est particulièrement sous ces deux derniers régimes que le pays a été qualifié de bon élève du FMI et de la Banque mondiale.

Seulement, les données de l’Institut national de la statistique (INSTAT) sont claires : d’après le seuil national de pauvreté, la proportion de la population pauvre tourne autour de 70%, que le pays soit en crise ou non. Ces données traduisent une pauvreté chronique que les dirigeants sont incapables de surpasser. Et si les pays bénéficiaires des crédits IDA enregistrent des avancées notables en matière de développement, ce n’est pas le cas de Madagascar. Car si dans le monde, la pauvreté recule beaucoup, elle avance à grand pas sur la Grande Ile. Pire, elle frappe les populations vulnérables comme les enfants. Plus de 80% des enfants sont pauvres à Madagascar, d’après l’UNICEF, alors que le taux de pauvreté national est de 92% selon le seuil international de pauvreté. L’accès à des services sociaux de base n’est pas non plus au beau fixe. 57% de la population n’ont pas accès à l’eau potable, alors qu’au niveau des établissements de santé publique, les patients sont encore obligés de payer jusqu’à 40% des frais de soin. Ce taux est jugé comme alarmant par des experts du secteur, dans la mesure où le niveau de pauvreté est tel qu’il empêche bon nombre de la population à accéder aux soins médicaux de base. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle le recours aux plantes médicinales et aux médecines alternatives se développe beaucoup. Si certains masseurs et guérisseurs sont authentiques, d’autres profitent pourtant de la pauvreté des gens et agissent en tant qu’arnaqueurs.

Côté éducation considérée comme l’un des secteurs stratégiques en termes de développement, le budget public que l’on y consacre ne cesse de régresser après la transition. Une situation que la société civile oeuvrant pour le suivi budgétaire déplore et dénonce. Mais il n’y a pas que l’éducation. Les dépenses pour le social ne connaissent qu’une maigre hausse de 1% pour 2017. Or, la population qui en a besoin se compte par vingtaine de millions. Car si l’on réfère au seuil international de la pauvreté, la population pauvre est aux environs de 21 160 000. Que signifie un petit bond de 1% des dépenses sociales pour cette masse ? Pas grand-chose. Et ce n’est pas en scandant la croissance inclusive, un concept développé par les bailleurs de fonds, que l’on peut inverser la situation.

Fanjanarivo    

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