Namorona : la fuite comme en ... 1947

Les habitants de Namorona (district de Mananjary, dans le sud-est), notamment les hommes, désertent en masse la petite ville et s’évanouissent dans la nature. Le phénomène est manifeste depuis hier et transforme Namorona en une sorte de ville morte. Tout a commencé dans la nuit de mercredi à jeudi. Le poste  local de la gendarmerie a mis la main sur une personne tantôt présentée  comme un pyromane, tantôt comme un criminel. La population ayant demandé à ce qu’on lui remette l’individu, le chef de poste, le gendarme de 2ème classe Marcellin Fanambina, a pris l’initiative de transférer le concerné à Mananjary, chef-lieu du district. Ayant éventé la « supercherie », les gens se sont massés devant le poste de gendarmerie, envoyant des jets de pierre sur le bâtiment. Le chef de poste ayant tenté de s’échapper, il fut pris pour cible et s’étant effondré, il fut roué de coups par une populace ivre de fureur. Marcellin Fanambina devait rendre l’âme peu après.

En tout cas, dans la nuit de jeudi à vendredi, d’importants renforts de  gendarmerie ont convergé vers Namorona. Ces détachements viendraient de Mananjary, de Manakara  voire de Fianarantsoa. Des éléments des groupements d’élite de la gendarmerie basés à Antananarivo (notamment le GSIS)  y étaient même attendus hier.  Si les gens ont fui, c’est d’abord car un début de rafle y a été opéré hier, en direction surtout des habitants mâles suspectés d’avoir trempé dans le tabassage du chef de poste. Ensuite car selon de fortes rumeurs, les gendarmes rendus furieux par la mort de leur collègue se livreraient à des sévices lors des auditions. Enfin car ayant en main les premiers éléments de l’enquête, les gendarmes effectueraient les premières arrestations dans la nuit. Et cela, selon la technique qui leur est chère et qui consiste à cueillir les prévenus chez eux pendant leur sommeil (procédé mis en œuvre à Soamahamanina et appelé par les habitants « sarika am-pandriana » ou « tirer du lit »).

Fuyant la ville, les hommes adultes ou adolescents ont pris la direction des forêts, surtout celles situées dans la vallée du fleuve Namorona. Lors de l’insurrection de 1947, les habitants avaient déjà pris ainsi le maquis pour échapper à la répression des forces coloniales. Namorona effectivement a pris une part active à la rébellion, au même titre que Manakara et Mananjary, mais aussi des petites villes de la zone comme Manampatrana, Mahabako, Sahasinaka etc. En tout cas, comme en septembre dernier à Soamahamanina, d’importants feux de brousse se sont emparés de toute la région depuis hier, en partie pour détourner sur ce « délit » l’attention des gendarmes, en partie aussi pour manifester le refus de la «répression ».

A.R

Ajouter un Commentaire