Cérémonie de vœux: Attention à ce qu’on ... mange !
Sueurs froides déjà chez les invités de la cérémonie de vœux de demain au palais d’Iavoloha.
En raison de la multiplication récente des cas d’empoisonnement, beaucoup craignent le pire lors du banquet offert par la Présidence de la République. Ce repas de 1 500 invités est en effet l’occasion rêvée pour éliminer les rivaux politiques ou tous ceux qui font de l’ombre. L’usage du poison, procédé en vogue, est redouté en raison de son caractère discret mais efficace. Beaucoup envisagent donc avec une certaine épouvante ce banquet où on risque de laisser sa peau…
Rappelons les trois cas récents d’empoisonnement (vrai ou supposé) qui ont installé une paranoïa dans les milieux dirigeants du régime. En premier lieu, en mars dernier, l’hospitalisation en catastrophe de Mahafaly Olivier pour cause d’hémorragie digestive. Dénonçant un empoisonnement, la famille du patient a interdit l’accès de la salle aux gros bonnets suspects. Ensuite, le décès soudain en août dernier du ministre Rodolphe Ramanantsoa (Energie et Hydrocarbures), lors d’une mission à Mahajanga. Ayant quitté la veille la capitale avec une santé étincelante, ce ministre, dit-on, a ingurgité un poison lors d’un repas avec des collaborateurs locaux. Enfin, le cas de l’ex-ministre et actuel député Hvm, Anthelme Ramparany, évacué d’urgence dans un état comateux à Antananarivo, suite à un empoisonnement contracté lors du congrès régional du Hvm à Fianarantsoa. Comme ces « incidents » sont survenus suite à un repas ou à une beuverie entre amis ou proches parents, on ne sait plus à qui se fier. D’où l’épouvante qui s’empare déjà de ceux invités demain au banquet de la cérémonie de voeux…
Car le danger peut venir d’abord des amis politiques et collaborateurs avec qui l’on est attablé. Mais aussi des opposants invités qui pourraient profiter de la circonstance pour nuire au régime. Ou enfin de certaines catégories d’invités comme les quat’mis (conviés dans but certainement démago), lesquels sauteraient sur l’occasion pour faire du mal à ceux qui mangent grassement à leur faim. Pour se mettre à l’abri d’une entreprise maléfique, les invités vont devoir ouvrir l’œil : surveiller de façon serrée les voisins de table, et suivre de près tous les mouvements autour de soi. Même lors du culte qui inaugure la cérémonie, contrairement aux prescriptions de la liturgie, personne ne fermera les yeux lors des prières. Un œil sera fermé pour contenter le ciel, mais l’autre sera bien ouvert pour préserver la vie sur terre.
Pour se prémunir de tout acte d’empoisonnement d’ailleurs, l’attitude idéale est celle-ci : mettre les coudes de part et d’autre de son assiette et de son verre, et joindre les doigts au dessus. Mais même ainsi, on ne peut avoir l’esprit tranquille car une seringue adroitement manipulée peut injecter une substance nocive, et une main en mouvement peut semer une poudre mortelle. A une époque où le poison est devenu incolore et inodore, comment savoir si on n’a pas été contaminé à son insu ?
Voilà à quoi conduisent les abus de ce régime, son culte exagéré des sièges rentables et des postes juteux. A cause des jalousies et des convoitises, en mangeant joyeusement en groupe, on peut avaler son… acte de naissance.
Adelson RAZAFY