Il était une fois …: Un 13 mai 1972 !

Il était une fois la première insurrection de la République. Sans exagérer l’histoire récente de ce pays est presque comparable à celle d’un peuple israélite qui errait longtemps dans le désert avant de trouver une terre promise. Avec le recul on peut dire aujourd’hui que ces   évènements du début de l’année 1972 finalement n’avaient rien d’une lutte populaire, pour n’être tout juste qu’un intermède insurrectionnel qui, finalement n’avait d’autre but que de provoquer au forceps une alternance au régime PSD d’un président Philibert Tsiranana, mal remis d’une longue maladie pour être encore capable de finir un autre mandat commencé en 1972. Tout le reste n’était qu’une forme d’alternance de fait sans recours aux urnes.

Excédé par un régime qui n’a que trop duré, malgré certains aspects positifs de la conduite des affaires de l’Etat sous la conduite du premier président de la République Malgache et des bâtisseurs qui ont mis en place les bases d’un système postcolonial, la population de la capitale Antananarivo descend dans la rue. Au commencement, il y avait un malaise né d’une situation conflictuelle à propos de la gestion professionnelle des étudiants de l’Ecole de Médecine héritée de l’administration française et celle de ceux qui ont inauguré l’ouverture de la Faculté de Médecine d’Antananarivo. La situation s’est détériorée à cause d’un gouvernement qui n’arrivait plus à diriger correctement les choses publiques parce qu’après la révolte des militants du parti Monima de Monja Jaona, la conjuration ratée de Roy, Rakotonirina Régis et consorts avec quelques officiers à Antsirabe, l’arrestation d’André Resampa, le bras droit du président Tsiranana accusé de complot, le pouvoir ne pouvait fonctionner normalement. Il n’a fallu qu’une manifestation de tous étudiants, écoles primaires comprises de la capitale devant le ministre de l’Education NATIONALE Laurent Botokeky à Akorondrano pour que tout dégénère. Ce qui n’était au début qu’un mouvement de grève estudiantin a pris les proportions d’une véritable émeute populaire au cri de O ! I O ! TSY HIANATRA IZAHY un appel à déserter les salles de classe (traduire : nous refusons d’aller en classe).

Jour après jour, les autres établissements scolaires s’en mêlent. L’étincelle qui a mis le feu aux poudres a été l’arrestation massive des meneurs envoyés vers le bagne de Nosy Lava à l’aube du 13 mai 1972. Très vite une organisation dirigée par des universitaires prend le relai et envoie la foule vers la Place de l’Hôtel de Ville en plein Analakely. Le pouvoir réagit mal en envoyant les Forces Républicaine de Sécurité (les fameux policiers FRS pas très aimés de la population de la capitale à cause de leurs interventions musclées en temps normal). Des tirs à balles réelles avaient provoqué des morts parmi les manifestants. Entouré des généraux Bigeard et Bochino, le président Tsiranana ne sachant plus comment réagir devant la gravité de la situation préfère proposer au général Gilles Adriamahazo les pleins pouvoirs. Offre contestée par le Général Gabriel Ramanantsoa qui, en tant qu’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé, prend les pouvoirs. Les généraux français s’ils avaient eu le feu vert de l’Elysée auraient voulu maîtriser les émeutiers à leur manière. Mais, pour les en empêcher, le président Pompidou connaissant trop bien les méthodes de ce dernier, rappelle le général Bigeard       à Paris. Un bain de sang a pu être évité…La suite a été une succession de faits extraconstitutionnels dont les retombées jusqu’à ce jour empêchent ce pays de vivre normalement une alternance douce. Etrange coïncidence, la date du 13 mai, même du temps de la monarchie se rapportait toujours à des évènements étatiques souvent déplorables. C’est la raison pour laquelle peut-être en haut-lieu aujourd’hui, toutes les précautions sont prises pour que rien de grave ne puisse avoir lieu…On n’est jamais trop prudent quand on a affaire à une opposition disparate comme c’est le cas avec ce pouvoir HVM en bute avec toutes les tracasseries politiciennes et aux manœuvres enveloppantes de leurs propres alliées par intérêt. Alors que pour les observateurs, le centre de gravité de la conjoncture actuelle se trouve les travées de Tsimbazaza sous les fesses de ces parlementaires qui ne savent plus à qui se vendre. Avec ce projet de convention vers une 5ème République suggéré par on en sait qui et au profit d’on en sait qui, qui circule, le climat politique ne peut que s’aggraver avec la proposition de l’éventualité d’une suppression de deux chambres parlementaires. Tout le monde se demande qui va tirer le premier ?

N. Razafilahy

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