EDITO: Comment financer 2018 ?
A Madagascar, les investisseurs, étrangers notamment, sont aussi appelés à faire figure de vache à lait. Aussi déplorable que cela puisse paraître, c’est la triste réalité. A cause peut-être de notre immense pauvreté sinon notre avidité sans commune mesure, on pense à tort que les fonds apportés par les étrangers devraient nous bénéficier directement. Cette perception, ce n’est le commun des Malgaches qui le pensent mais aussi et surtout nos dirigeants politiques.
Malgré l’ajustement structurel qui nous a mis sur la voie du libéralisme, la culture du capital reste toujours étrangère à la population malgache. Tare de la période socialiste ?
En réalité, il ne faut pas incriminer le seul rêve utopique de paradis socialiste. Il y a aussi et surtout le nationalisme économique prôné par les dirigeants politiques à chaque alternance, que celle-si soit démocratique ou forcée par les manifestations de rues. Résultat : les investisseurs étrangers ne sont jamais appréciés à leur juste valeur. S’ils ne sont pas haïs, ils sont accusés de tous les maux.
Le kidnapping du fils de Danil Isamaël en serait un exemple concret. Et pourtant s’il y a un opérateur très actif dans le monde des affaires mais aussi et surtout dans le domaine social, Danil figure dans le peloton. Pourquoi son fils a-t-il donc été kidnappé et pas encore libéré jusqu’à présent ?
Manifestement, l’appât du gain est à la base de ce crime. Mais les effets, au-delà du choc que subissent la victime et sa famille, sont aussi dramatiques sur la notoriété de Madagascar qui serait le repaire des bandits. Outre les enlèvements et les braquages, peu ou prou d’entreprises et d’hommes d’affaires opérant à Madagascar jouissent d’une bonne image à l’international.
Hier, c’étaient les Chinois qui étaient accusés de pillage partout dans le pays. De l’or aux pierres précieuses en passant par les serpents. Depuis, les choses se sont quelque peu calmées. Peut-être qu’on commence à comprendre que les Chinois n’y sont pour rien. Ce sont des investisseurs comme les autres qui viennent faire de l’argent et passent par le canal du gouvernement pour avoir les autorisations nécessaires, moyennant ou non des passe-droit.
Aujourd’hui, c’est l’entreprise philippine ICTSI qui est sur la sellette. Sa filiale malgache MICTSL qui exploite le terminal conteneur du port de Toamasina est notamment accusée par l’IFT (fédération internationale des syndicats) de mal payer ses dockers tout en les exploitant dans des conditions non conformes aux normes alors qu’elle obtient des rendements records. Le dossier d’appel au public parle notamment du cas de 43 dockers qui ont été licenciés pour n’avoir pas obtempéré aux intimidations de quitter leur syndicat, le Sygmma qui a saisi l’IFT. Or d’après nos recoupements, ces 43 malheureux dockers ne sont pas des salariés de MICTSL, mais plutôt de la SMMC (société de manutention) qui loue ses agents à la MICTSL laquelle paie rubis sur ongle les factures présentées par le prestataire de service. Manifestement les grandes marques telles Esprit, Levi Strauss, Eddie Bauer et Camaieu à qui l’appel est aussi destinée, ne sont pas au courant de ce détail particulièrement important, les vêtements fabriqués dans nos entreprises franches transitant par le port de Toamasina.
Sans faire fi du cas de 43 dockers, certains observateurs estiment, à tort ou à raison, que des politiques se cachent derrière cette manipulation afin de mettre la pression sur MICTSL, un puissant sponsor potentiel pour l’élection présidentielle de 2018. Cette échéance et la pratique habituelle des rackets sur les entreprises ont d’ailleurs conduit la société minière Ambatovy à lancer à qui de droit, il y a quelques semaines de cela, son refus catégorique contre toute tentative de ce genre.
Les entreprises internationales n’acceptant de jouer le jeu et les sociétés de droit fatiguées par le contexte et les harcelements, comment les politiques vont-ils financer leur campagne pour 2018 ?
Sa