Dettes d’Air Madagascar: Qu’une enquête soit ouverte !
Doit-on encore payer pour la faute des autres ? Nombre de nos concitoyens se sont posés la question en apprenant que les dettes d’Air Madagascar se chiffrent à 88 millions de dollars. D’autres sources internes parlent même de 130 millions si « on ajoute les impôts et taxes dues à l’Etat malgache ». Mais quelque soit le montant exact, l’évolution de ces dettes reste perplexe.
En 2015, quand le personnel s’était mis en grève pour exiger le limogeage d’Henry Rabary-Njaka (alors PCA d’Air Madagascar), Ulrich Andriantiana (alors ministre des Transports) et James Andrianalisoa (DG ACM), la compagnie nationale aérienne accusait des dettes de 36 millions de dollars. En 2 ans, les dettes auraient donc plus que doublé.
Cette augmentation des dettes est d’autant plus surprenante qu’elle n’est nullement conséquente à des investissements lourds. Bien au contraire, Air Madagascar a procédé à réaliser une opération de désinvestissement par la vente de ses 3 avions ATR pour un montant total de 18 millions de dollars. Cette somme était annoncée servir pour partie de caution à la commande 3 appareils ATR-600 et éponger les dettes de la compagnie. A son arrivée, le nouveau DG d’Air Mada-
gascar, Gilles Filiatreault remet en cause l’achat de nouveaux appareils, s’ensuivit un litige avec l’avionneur, litige qui serait une des raisons de son départ après avoir empoché un demi-million de dollars en salaires pour n’avoir pratiquement rien fait sinon calmer l’opinion sur sa promesse jamais tenue de faire la lumière sur les locations d’avions par Air Madagascar.
Lors de l’acquisition des deux Airbus 340-300 en avril 2012, le contrat de location-vente sur 6 ans était annoncé à 350 000 dollars par mois pour le premier appareil âgé de 14 ans et 475 000 dollars le seconde de 12 ans. Des rumeurs persistantes indiquent cependant que les coûts réels versés par Air Madagascar serait beaucoup plus importants. Veut-on parler d’une surfacturation pour versement de commission ?
Au Bianco de faire la lumière sur cette affaire, mais aussi les contrats sur les ATR ainsi que le Boing 737-800 loué à une compagnie chinoise. Ce dernier appareil et les 2 nouveaux ATR étaient acquis en remplacement des 3 Boeing 737-300 loués par la compagnie nationale mais dont le contrat n’a pas été renouvelé à cause de la location de nouveaux ATR-600 à 180 000 dollars par mois l’appareil alors que le loueur du Boeing 737-300 aurait proposé un prix de moitié inférieur au contrat précédent qui était de 150 000 dollars par mois.
En attendant l’enquête du Bianco, s’il daigne à le faire et si le tribunal veut bien donner une suite aux résultats de l’enquête, Air Madagascar est endettée jusqu’au cou après avoir pourtant licencié 400 de ses collaborateurs qui nourrissent chacun d’eux une famille. Elle doit une somme énorme après s’être vue soustraite de l’une de ses branches les plus rentables, le handling qui lui assurait près d’un million de recettes par mois. Côté flotte, ce n’est pas non plus reluisant. Les Twin Otter sont au sol et ne sont plus exploités qu’en affrètement. Le Boeing 737-800 ne desservent que quelques destinations à cause de la longueur des pistes d’atterrissage. Et seul un des 2 Airbus est exploité, il s’agit de celui immatriculé à Madagascar. Le second porte l’immatriculation d’Air Atlanta qui exige que l’avion soit piloté par son équipage. Continuant de porter les immatriculations d’Air France, cet appareil ne peut donc pas voler en Europe car Air Madagascar doit encore de l’argent à Air Atlanta. L’appareil ne peut pas non plus voler vers la Chine qui n’accepte pas qu’Air Madagascar atterrisse chez elle avec un avion immatriculé en France. Et l’avion ne peut pas non plus être immatriculé à Madagascar car Air Madagascar doit aussi de l’argent à Air France auprès de laquelle on a acheté l’avion via une compagnie de leasing. Résultat : l’appareil ne peut pas voler mais continue de payer sa location. Rien ne change donc malgré la sortie de l’annexe B qui, soi-disant en passant, a été acquise grâce au président Rajaonarimampianina., selon la presse gouvernementale.
Les millions de dollars dépensés pour la location d’un avion immobilisé au sol ne suffisent cependant pas à expliquer les dettes colossales d’Air Madagascar. Des dettes sans l’apurement desquelles Air Austral ne viendrait pas signer son entrée dans le capital de la compagnie nationale malgache. Pareillement, le FMI suspend le déblocage de la seconde tranche de la Facilité élargie de crédit tant que l’Etat malgache ne règle pas ce problème. Et une fois de plus, on appelle les 24 millions de Malgaches à mettre la main à la poche. Physiquement, on ne va pas payer 4 dollars par personne quel que soit l’âge, 95, 25 ou 12 ans. Une gymnastique budgétaire permet de payer les créanciers après des amputations budgétaires sur les autres postes. En supposant que ces dettes soient effectivement de 88 millions de dollars, l’Etat devrait 272 milliards Ariary aux créanciers. C’est l’équivalent de 80 % du budget alloué au ministère de la Santé. Peut-on accepter de sabrer par exemple des dépenses de santé pour des dettes dont on ignore la nature ? Et quid des responsables de ces dettes, resteront-ils impunis ?
Oui, si le paiement des dettes ne sert qu’à sauver une compagnie que n’utilise qu’une infirme partie de la population, alors qu’on dissout Air Madagascar. « Qui sait si c’est l’objectif final recherché par ce régime », se demandent des salariés de la compagnie en n’excluant pas «une revanche personnelle de James Andrianalisoa qui a été éjecté par le régime Ravalomanana en 2002 ».
Salomon Ravelontsalama