Amnésie à la malgache
Dans le contexte actuel d’insécurité, d’impunité, d’inflation le réflexe est de se dire que c’est le pire des régimes que les malgaches aient connu. On en vient à oublier qu’il n’y a pas si longtemps, sous la transition, l’impunité était la règle, les attaques à main armées étaient légions, le pillage de l’Etat, les divers trafics et l’injustice était à son summum. On n’en revient pas aujourd’hui que la garde des sceaux ministre de la justice sous la transition se pose en donneur de leçons sur la justice et l’honnêteté quand on sait que jamais les concours d’entrée à l’école de la magistrature n’avaient été aussi décriés que sous son “règne” si bien qu’une réforme drastique a été mise en place dès qu’elle a quitté la tête du ministère de la justice. On en vient aussi à oublier les mauvaises habitudes sous Ravalomanana qui a transformé le pays en tikoland en réduisant à néant tout potentiel concurrent. L’amnésie qui frappe un certain nombre de nos compatriotes est angoissante. Certains en viennent à regretter la transition sous Rajoelina avec sa bande de malfaiteurs immoraux, certains en viennent à regretter le régime Ravalomanana avec son ego surdimensionné. Tous ces regrets trouvent leur origine dans cette gestion catastrophique de l’Etat sous Rajaonarimampianina…ces regrets trouvent également leur origine dans ce sentiment sournois qu’il ne peut pas y avoir un homme ou femme providentiel qui serait effectivement patriote et sauverait le pays du gouffre dans lequel il se trouve depuis plus d’un demi-siècle. Dans les conversations, les candidats potentiels aux prochaines élections présidentielles semblent tourner autour de ces actuels et anciens qui ont chacun un bilan plus que négatif et qui ne rêvent juste que d’une chose : y rester ou y revenir pour avoir sa revanche et continuer de piller impunément le pays. On ne sait pas d’où sortent ces nouveaux présidents dans les autres pays, on ne sait pas quel parti politique malgache aujourd’hui est à même de présenter un candidat avec déjà un projet de société et qui envisage réellement de servir et non de se servir, qui envisage de développer le pays et non pas de faire plaisir à l’égo d’un ou d’une ancienne responsable qui souhaite de nouveau retrouver son train de vie de rêve avec garde du corps, crédits téléphone, voyages payés aux frais de la princesse…On en vient à se demander si ce n’est pas cette amnésie collective qui empêche le développement du pays. Doit-on s’étonner qu’aujourd’hui certaines pratiques douteuses de la transition continuent dans la mesure où ceux là même qui se trouvent à la tête de l’Etat aujourd’hui ont majoritairement été des anciens régimes successifs dont celle de la transition. Que peut-on espérer quand on fait du neuf avec du vieux? Pas grand chose!
D.R