Projet d’extraction de terres rares à Ampasindava: Devenu le cauchemar de la communauté

Madagascar, très connu sous le nom d’île aux trésors que tous les étrangers se bousculent pour avoir une part à eux. Du nord au sud, les ressources extractives font la réputation de la Grande île. C’est aussi le cas de la péninsule d’Ampasindava qui, d’un claquement de doigt est devenue célèbre suite à l’existence de terres rares appelées tantale dans ces terres. Au début, ce fut une entreprise allemande, Tantalus qui est à la tête du projet d’extraction mais depuis peu, les rênes reviennent à une entreprise chinoise basée à Singapour, Apphia. Cette entreprise a obtenu son permis de recherche d’un périmètre de 300 km2, où une partie de l’océan y est comprise. « A présent, l’entreprise n’est qu’à sa phase de recherche que le bilan de son projet est déjà un grand désastre », affirme la coordinatrice du Centre de Recherches et d’Appui aux Alternatives de Développement – Océan Indien (CRAAD-OI), Zo Randriamiaro. A la suite de ses explications, plus 7000 puits de 10m de profondeur et de 2m de diamètre (varié) ont déjà été faits par l’entreprise. Mais la suite du projet s’annonce encore pire que la réalité à laquelle est confrontée la communauté à savoir le nombre de puits prévus qui s’élève à 77.975, les tonnes de produits chimiques dangereux à employer pour le traitement (6 à 7 tonnes pour une tonne de terres rares),…

C’est ce qui a emmené une délégation venant de la région Diana à demander la cessation des activités de la société auprès des ministères concernés à savoir celui des Mines, de l’Environnement, de la Santé ainsi que de la Pêche. La délégation est constituée des acteurs dans le secteur tourisme, agriculture, des sociétés civiles ainsi que d’une représentante de la communauté locale. La délégation a bien été soutenue par la CRAAD-OI.

« Les milliers de puits miniers construits par l’entreprise sont devenus un piège pour les reptiles qui font partie des richesses en biodiversité des communes composant la péninsule. Or en matière de tourisme, la biodiversité est la seule encore vendable localement », explique le représentant du secteur tourisme, Joël Saotra ; tout en continuant sur le fait que le tourisme marche bien à Ampasindava, et le fait que tout y est encore naturel attire beaucoup les touristes.

Mais un domaine à ne pas écarter des retombées de ce projet d’extraction de terres reste aussi l’agriculture. « La société nous a informé que ses activités apporteront des emplois à la population locale. Mais à quoi ça sert si elle a déjà des activités et que ces activités marchent bien ? », affirme Raymond Mandiny, président des agriculteurs d’Ampasindava. Précisons que la péninsule d’Ampasindava est réputée pour ses cultures de cacao, café et vanille. «Les puits sont aussi devenus un vrai piège pour les animaux domestiques».

A en croire les paroles de la fille d’Ampanjaka de cette localité, l’entreprise souille leur culture. Celle-ci s’explique comme tel : « J’ignore ce qu’ils font, les Chinois, des corps de leurs ancêtres mais nous n’aimons pas qu’on dérange ce qui se repose déjà bien ». Il s’avère que des tombes ont été souillées et les puits se construisent n’importent où, même devant des portes d’habitation.

Bref, la crainte des habitants se résume à ce que serait la biodiversité si la mise en place d’une usine pilote qui traitera la matière se réalisera alors qu’à la phase de recherche, la situation est déjà assez critique. « La Chine est en position de monopole en ce qui concerne la production des minéraux issus des terres rares alors qu’elle ne traite pas sa production localement mais l’exporte en Mongolie. Mais pour qui on prend les Malgaches pour qu’on accepte un tel cas ? », souligne Zo Randriamiaro de la CRAAD-OI. A préciser que le permis de recherche lui a été octroyé pendant la transition, or l’autorité de la transition n’avait nullement le droit d’accorder ce genre de permis. Or, une source d’envergure internationale affirme que l’entreprise bénéficie à l’heure actuelle d’un permis d’exploitation. Une pétition anonyme sur internet a déjà aussi eu lieu en début de l’année mais n’a mené à rien, mais la solidarité Soamahamanina soutient la délégation dans leur voie.

Annie N.