Développement du tourisme: Scandaleux manque de vision des responsables !

«Plus d’incantations que d’une réelle vision stratégique qui permettrait enfin le décollage de ce secteur qualifié indéfiniment secteur d’avenir » ? A tort ou à raison, cette phrase résume la conclusion entendue généralement de la part des participants de la 6ème édition de l’International Tourisme Fair Madagascar (ITM).

Les plus âgés disent avoir l’impression de revivre le premier séminaire national sur le tourisme, tenu à Nosy-be en septembre 1994. Les participants parlaient déjà du budget alloué au secteur, des prix prohibitifs des billets d’avions, du manque d’infrastructures hôtelières.

La semaine dernière, le ministre Roland Ratsiraka a affirmé que ” si l’on attachait un quelconque intérêt au tourisme, le budget consacré à celui-ci devrait être aux environs de la deuxième place en qualité de montant, mais je peux vous confirmer que le ministère du Tourisme se place même après le ministère de la Culture d’après le Budget général de l’Etat “. Dans ce domaine, le ministère du Tourisme est aujourd’hui traité sur le plan budgétaire qu’il y a 30 ans. Sauf que Roland Ratsiraka semble oublier qu’il n’y a pas que son ministère qui contribue à la promotion du tourisme, pour ne citer que le ministère des Transports, ceux de la Culture et de la Défense, sans parler du secteur privé pour les hôtels, les restaurants, les transports terrestres ou maritimes etc… Pis, le ministre n’a pas avancé un quelconque programme si on lui donnait des milliards.

Les déclarations de Roland Ratsiraka qui est officiellement la voix autorisée en la matière, sont d’autant plus inquiétantes que rien n’est engagé pour lever les freins réducteurs au développement du tourisme malgache. Au niveau des tarifs des transports aériens par exemple, Madagascar a été , depuis 1984, réputé destination la plus chère du monde. Malgré l’ambition du président Hery Rajaonarimampianina d’atteindre le million de visiteurs en 2020, son proche qui est à la fois DG de l’aviation civile de Madagascar, James Andrianalisoa, œuvre pour le contraire en instituant les redevances aéroportuaires les plus élevées du monde . Prélevées par Ravinala Airports qui regroupe le consortium ADP (aéroports de Paris, Boigues et sa filiale Colas Madagascar, et Meridian), ces redevances sont effectives depuis la fin de l’année alors que c’était seulement au cours de l’ITM que Ravinala Airports a annoncé le « début des travaux dans quelques semaines ». Si ce n’est pas de l’arnaque, c’est quoi ?

En tout cas, ces redevances renchérissent davantage les prix des transports aériens à Madagascar. Au cours de ce forum, Vincent Desobry, patron du plus gros réceptif de Madagascar, “Océanie Aventures”, a d’ailleurs soulevé l’épineux problème des transports aériens intérieurs. Le plus vaste réseau domestique au monde, comme aime le dire Air Madagascar. La compagnie nationale et Madagascar Airways sont notamment accusées de bloquer le tourisme à cause d’énormes marges sur le secteur mais si d’importants bénéfices étaient possibles, pourquoi les compagnies privées comme TOA, GSA, NTA, Assist et les autres se contenteraient de faire des vols à la carte ?

Toujours est-il qu’à entendre les discours durant ce ITM, le débat sur les prix du billet devraient aussi s’étendre sur ceux du carburant, celui nécessaire à l’aviation notamment. Le tarif du kérosène à Ivato se trouve, en effet, être le plus cher au monde. L’explication donnée est les frais de transports de Toamasina à Antananarivo puis des dépôts de la capitale vers Ivato. Mais pourquoi la ville côtière de Toamasina n’affiche pas les mêmes prix que Saint Denis de La Réunion ?

Cette question est née du discours distillé par le président Rajaonarimampianina (lire notre édition du lundi 12 juin 2017 : « Relations financières et économiques : tournant décisif vers la Chine ?). Les critiques sont d’autant plus fondées que les explications du chef de l’Etat ne sont guère convaincantes. Son discours comme celui du ministre du Tourisme qui est son principal conseiller en la matière devraient pourtant ouvrir de larges perspectives pour Madagascar.

Certes, l’opportunité chinoise a été évoquée avec la présence d’une importante délégation officielle, mais a-t-on mesuré l’importance de ce potentiel ? ” Les opérateurs touristiques chinois envoient chaque année plus de 120 millions de touristes dans différentes destinations à travers le monde. Si Madagascar reçoit, ne serait-ce que 0,5% de cet effectif, les impacts seront déterminants pour l’essor de ce secteur d’activité”, avait notamment déclaré notre ministre du Tourisme, Roland Ratsiraka.

Concrètement, ces 0,5% représentent 600 000 touristes chinois, soit environ 12 000 par semaine et 40 avions de 300 places. Mais là encore, Roland Ratsiraka et le pouvoir qu’il représente ne sont pas à même d’apporter une quelconque réponse. Le manque de solution, pour redémarrer le secteur des transports aériens en général et du tourisme en particulier, est d’autant plus flagrant que le discours est creux. Sans aucune imagination ni réalisme.

D’après des spécialistes, ce virage chinois pourrait cependant être d’autant significatif si l’on consentait à faire des efforts en matière d’aéroport mais aussi de biodiversité. « A la lumière de nombreux visiteurs asiatiques de l’allée des baobabs, il semble que Madagascar devrait exploiter cet atout », déclarent des touristes en ajoutant que « les Asiatiques semblent vénérer cet arbre de la vie ». Sur les 9 types de baobabs, 1 est originaire d’Afrique (comme celui dans la ville de Mahajanga) et 1 autre d’Australie. Les 7 autres sont endémiques à Madagascar, et certains ont plus de 2000 ans au parc de Tsimanampetsotsa.

Aussi afin de rendre plus compétitive cette destination, faudrait-il que les gros porteurs puissent se poser à Morondava ? Le fait de ne plus être obligés de passer à Tanà pour changer d’avion ou même de passer éventuellement une nuit d’hôtel, est un plus indéniable. De surcroît, le Kérosène ne supportera pas le coût du transport terrestre et pourra avoir des prix comparables à ceux trouvés à la Réunion ou à Maurice. Enfin, les spécialistes croient que nous n’aurons pas à supporter les inconvénients d’un aéroport en altitude, ni les risques de brouillards matinaux d’Ivato en hiver.

Evincée pour Ivato et Nosy-be, Adema devrait reprendre leur coopération avec les Chinois pour développer cet aéroport de Morondava qui risque de devenir le hub le plus important de Madagascar. Un tel aéroport permettra enfin de relier le tourisme du Nord (Nosy Be et Diégo) à celui du sud (Morondava, Tuléar, Fort Dauphin). A moins qu’on perde le nord !

D. R.

Commentaires

0 #1 VELLE 16-06-2017 05:22
:-* Et oui c’est bien triste tout ça

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