chronique de razafilahy: Vous avez dit une nouvelle constitution ?
La rédaction d’une nouvelle loi fondamentale a toujours été un problème récurrent pour la république, surtout après la chute du régime PSD. La loi fondamentale de 1959 était avalisée et légitimée par des élus et des représentants de tous les tribus et notables de Madagascar. Le texte de l’intermède extraconstitutionnel qui a permis au général Ramanantsoa de gérer la transition qui a suivi la chute de Philibert Tsiranana avait pour artisans quelques juristes oligarques désireux surtout de donner un semblant de légitimité à un régime militaire. Selon une équipe de Perspective monde « À la tête de la junte militaire au pouvoir depuis février 1975, le colonel Didier Ratsiraka est élu à la présidence par une majorité écrasante en décembre 1975. Une nouvelle Constitution, donnant jour à la deuxième République, est également adoptée…».
Après les évènements de 1991, une autre équipe de juristes qui n’avaient aucun pouvoir constituant confectionne une constitution destinée surtout à rendre la vie impossible au président de la république en place, pour le cas où cas où l’Amiral réussirait à se faire réélire. Malheureusement pour le Pr. Albert Zafy, il a été obligé de quitter le pouvoir après un empêchement ridicule ourdi par la majorité parlementaire du Hery Velona Rasalama par le biais d’un piège juridique qui était destiné à l’homme de la Révolution Socialiste. De retour au pouvoir, le président Didier Ratsiraka par voie référendaire tente de mettre en place une constitution instaurant les provinces autonomes. Les défections et trahisons internes aidant, l’Amiral n’arrive pas à réaliser la mise de ce projet destiné surtout à affranchir les circonscriptions périphériques de la domination du centralisme bureaucratique hégémonique de la capitale Antananarivo sur l’Avoir, le Savoir et le Pouvoir. Après son arrivée au pouvoir par auto proclamation, ploutocrate « Marc Ravalomanana, surnommé « Mégalomanana, rempile pour un nouveau mandat lors des élections présidentielles de 2006. L’opposition politique est trop divisée pour espérer prendre les rênes du pouvoir. Pour les Malgaches, il vaut mieux soutenir un régime en place que l’on connaît que de favoriser l’émergence d’un mouvement inconnu. Dès le premier tout, il est élu à la majorité avec 55% des voix, et ainsi conforté par un nouveau mandat de 5 ans, il organise dans la foulée (l’année d’après) un référendum pour approuver ou non un changement de constitution » Avec un taux de participation inférieur à 50%, il obtient un suffrage favorable avec 75%. Ce faisant, il met en place les 22 régions en supprimant les 6 provinces autonomes avec la possibilité pour le président de se représenter encore deux fois à la présidence.
Les choses ne se passeront pas comme il le voulait. La population méprisée au profit de la prospérité de l’empire TIKO va suivre sans trop de réticence le mouvement insurrectionnel de la Révolution Orange conduite par Andry Rajoelina soutenu par les hommes d’affaires de la capitale dégoutés de subir le diktat d’un affairiste au pouvoir qui n’arrêtait pas de les soumettre aux pires traitements pour casser leurs entreprises. Boudé par une communauté internationale aux attitudes très équivoques le régime de transition qui avait pris la succession de Marc Ravalomanana, croyant pouvoir obtenir le label politiquement correct (sans succès) se lance dans un référendum pour mettre en place la constitution de 2010 enfantée dans des conditions déplorables. Elle reste et demeure toujours en vigueur jusqu’à nos jours. Le régime actuel, controversé par la majorité des acteurs politiques a du mal à fonctionner avec une constitution truffée de contradictions inimaginables qui ne sert pas du tout un président de la république arrivé au pouvoir avec zéro député. Même si le parti présidentiel dont il est le fondateur claironne haut et fort que le HVM est le plus grand parti de Madagascar au bout de 3 années d’existence dans la pratique d’une mauvaise gouvernance décriée par tous, Hery Rajaonarimampianina est dans ses petits souliers et ne souhaite qu’un peu de bouffée d’oxygène avec une nouvelle constitution par voie référendaire avec la participation des députés et des sénateurs. Les entités qui se positionnent dans l’opposition veulent et souhaitent tous une refondation nationale. Certains d’entre eux ne refusent pas d’avoir recours à une assemblée constituante, mais en précisant bien que ce n’est pas pour le plaisir d’offrir un costume juridique fondamentale sur mesure pour l’actuel président. Pour ceux d’en-face l’objectif serait d’arriver à mettre en place des collectivités réellement décentralisées au niveau Fokontany cautionnées par la légalité et pérenniser les règles démocratiques républicaines. Il est vrai que la voie en diagonale de certaines formations vise à procéder à un nettoyage par le vide pour arriver à une ère nouvelle. La grande question est de savoir : à quel prix ? Plonger une fois de plus dans les dédales des émeutes difficilement gérables ? Les débats sont ouverts. Une chose est sûre : ni les dirigeants actuels, ni les disciples de la solution radicale n’a intérêt à ce que pays bascule de nouveau dans un scénario insurrectionnel. Le délai imparti pour mettre en place la porte ouverte par un référendum ne peut pas dépasser la fin de cette année 2017. Savez-vous pourquoi ? La relève piaffe d’impatience et les habitants en ont marre d’être traités comme ils ont vécu depuis que cette 4ème République est là…Le pays a besoin d’une nouvelle figure et de pratiques politiques plus saines. L’effet Macron est dans tous les esprits !