Hery Rajaonarimampianina : petit frère des pauvres
En mai 2016, à son retour d’un voyage en Turquie, Hery Rajaonarimampianina a clamé « prouvez-moi que les Malgaches se sont appauvris. ». Dans un de ses « rendez-vous du Président », publié dans la presse en juin 2017, et intitulé « souveraineté économique : en finir avec la dépendance et la mendicité », on peut lire cette phrase : « redresser cette situation économique, c’est le pari engagé par Hery Rajaonarimampianina, le premier à déplorer cette immense pauvreté de ses compatriotes ».
La liberté d’expression s’applique à tous, y compris au Chef de l’Etat qui a le droit de revenir sur ses propos niant la paupérisation. Toutefois, son revirement spectaculaire, qui n’est pas anodin, inspire l’ironie. Que s’est-il donc passé entre mai 2016 et juin 2017 ? Est-ce que les Malgaches se sont appauvris tout d’un coup ? Est-ce que Hery Rajaonarimampianina a décidé d’abandonner sa période « bling bling » d’opulence pour se consacrer à la lutte contre l’indigence de ses compatriotes ? Est-ce que, touché subitement par la grâce divine, il a entendu une voix lui intimant l’ordre de résorber la pauvreté, à la manière de Saint François d’Assise qui a entendu une voix lui demandant de « réparer son église en ruine » ? Le Chef de l’Etat malgache craint-il que la population se rallie au cri de désespoir du Père Pédro : « insurgez-vous » ?
La réponse à l’interrogation : « que s’est-il donc passé entre mai 2016 et juin 2017 ? » est plutôt à trouver du côté du calendrier électoral. Les miséreux constituent un énorme réservoir d’électeurs faciles à manipuler. Conscient de la loi du nombre, Hery Rajaonarimampianina a intérêt de se rapprocher de la population pauvre massive, ou du moins de faire semblant, car ses concurrents dans la course à l’élection présidentielle ne se priveront pas de le faire. Son attention soudaine pour les nécessiteux résulte d’un calcul politique, mais non pas d’un élan sincère du cœur.
Même si le Chef de l’Etat actuel a changé son fusil d’épaule et tente de se faire passer pour un petit frère des pauvres, l’opinion publique se souviendra de sa déclaration péremptoire et presque insultante : « prouvez-moi que les Malgaches se sont appauvris ». Une telle réflexion est excusable de la part d’un étranger qui ignore le contexte. Par contre, elle est indigne et cynique d’un Chef d’Etat malgache qui a suivi de petites études supérieures en économie et qui sait, chiffres à l’appui, que Madagascar est un des pays les moins avancés de la planète.
Ranary