Programme Pays pour le Travail Décent: Deux priorités sont identifiées

Madagascar a depuis son indépendance connu une succession de périodes de stabilité relative et de croissance entrecoupées de crises de nature sociopolitique et de récession. Les faiblesses structurelles de l’économie du pays, malgré d’importantes potentialités, jointes à la récurrence des crises, se traduisent entre autres par une redistribution déséquilibrée de la richesse nationale et une pauvreté touchant une grande partie de la population.

Plus indique le Programme Pays pour le Travail Décent Madagascar 2015-2019, en matière d’emploi, le pays se caractérise par un chômage relativement faible, un sous-emploi très élevé et un important chômage déguisé. Plus alarmant encore, la proportion des emplois non protégés est de 90% selon les derniers chiffres officiels. De manière globale, les emplois inadéquats et les emplois non protégés sont beaucoup plus répandus en milieu rural et chez les groupes les plus vulnérables, en particulier chez les femmes et chez les jeunes.

Parmi les facteurs à l’origine de cette situation, on souligne particulièrement le faible accès à la formation professionnelle, l’inadéquation des compétences aux besoins du marché du travail, et la prépondérance de l’économie informelle – y compris le secteur agricole – qui emploie 9 actifs sur 10.

A l’échelle nationale, la couverture de la protection sociale est faible, du fait d’une part de la très forte concentration des travailleurs dans le secteur informel, ce qui les exclut d’emblée des dispositifs conventionnels de protection sociale, et d’autre part de la faible adhésion des entreprises formelles à ces mêmes dispositifs.

En matière de protection sociale, le défi est donc double : l’extension de la couverture du régime actuel aux adhérents ainsi que l’amélioration de la qualité des services, et l’identification de stratégies de protection sociale pour l’ensemble des actifs de l’économie non formelle.

Le dialogue social est institutionnalisé grâce à la mise en place d’instruments juridiques et d’organes tripartites s’occupant des questions relatives à l’emploi et au travail. Si l’on peut affirmer que le principe est plus ou moins adopté, ses impacts et sa portée sont encore limités en l’état actuel. La principale faiblesse du dialogue social à Madagascar est sans doute due à la faible représentation des travailleurs du secteur informel, qui sont pourtant majoritaires.

Par rapport à ces problématiques, Madagascar s’est résolument engagé dans une stratégie qui accorde à l’emploi une place de plus en plus importante dans ses politiques de développement.

Depuis 2004 et le sommet d’Ouagadougou, le pays s’est doté entre autres d’une Politique Nationale de l’Emploi, d’une stratégie sectorielle de promotion de l’emploi décent, et d’un Programme National de Soutien à l’Emploi. En 2008, conformément aux recommandations de l’Agenda du Travail Décent, les mandants tripartites ont procédé à l’élaboration d’un Programme Pays pour le Travail Décent qui n’a pas pu être finalisé en raison de la crise politique survenue en 2009.

Depuis la normalisation de la situation politique et institutionnelle, le processus a été repris avec l’élaboration du Plan d’Action National de l’Emploi et de la Formation ainsi que la mise à jour du PPTD.

Le PPTD entend apporter des réponses concrètes aux principales problématiques relatives à l’emploi et au travail. La pertinence du programme est renforcée par les impacts conjugués de la crise nationale et de la crise internationale, qui se sont traduites par des pertes massives d’emplois et la précarisation alarmante de ceux qui subsistent. A ce titre, le programme ambitionne de contribuer activement à la réduction de la pauvreté et des inégalités, et s’aligne aux principaux cadres nationaux du développement, dont la Politique Générale de l’Etat, le Plan National de Développement 2015-2019 et le Plan Cadre des Nations Unies pour l’Assistance au Développement 2015- 2019.

La formulation du programme a été menée suivant une approche participative et inclusive, impliquant les mandants tripartites, les partenaires techniques et financiers, et la société civile, avec l’appui notable du Bureau Pays de l’OIT à Antananarivo. Le programme cible en priorité les groupes identifiés comme vulnérables sous l’angle de l’emploi et du travail, incluant les enfants, les travailleurs de l’agriculture et de l’économie informelle, les personnes en situation de handicap, les chômeurs, les travailleurs de l’industrie extractive et du secteur maritime, et spécialement les jeunes et les femmes.

Deux priorités sont identifiées, à savoir : favoriser l’accès des groupes vulnérables à l’emploi par le renforcement de leur employabilité et par la dynamisation des secteurs générateurs d’emploi, et améliorer la productivité du travail par la promotion du dialogue social, les principes et droits fondamentaux au travail et la protection sociale. Ces priorités sont déclinées en réalisations et en produits. La mise en œuvre du programme, qui couvre la période 2015-2019, sera pilotée par un comité tripartite élargi. Le coût estimatif du PPTD est de 15 985 000 USD.

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