Ambatovy: Préserver le personnel envers et contre tout !

Alors que Wisco s’est déjà acquitté de 100 millions de dollars pour l’exploitation du gisement de fer à Soalala, le projet tarde à démarrer et personne ne sait quand les travaux d’investissement vont commencer. Ce dont on est sûr est que tant que la situation actuelle des marchés n’évolue pas vers la hausse des cours des métaux de base, le projet n’a aucune chance de démarrer.

La chute des cours des métaux de base persiste, en effet, depuis des années. Et cette fin de mois de juin est même assez inquiétante si on suit l’évolution des cours sur la LME (London Metal Exchange, bourse des métaux basée à Londres). La tonne de l’aluminium est tombée à 1 870 dollars, à son plus bas niveau depuis plus d’un mois, durant la deuxième semaine du mois de juin 2017. Durant la même période, la tonne du plomb est descendue à 2 052 dollars, à son plus bas niveau depuis un mois. Même le prix du cuivre qui avait pourtant connu une légère hausse en début du mois, est redescendu à 5 672 dollars contre 5 770 dollars une semaine plutôt.

Le cours du nickel : toujours en chute libre

Quant au nickel qui est notre premier produit d’exportation, la situation n’est guère reluisante. Le prix du nickel a perdu environ 10% de sa valeur depuis début 2017. La tonne de nickel se négocie sous la barre des 9 000 dollars tout le long du mois de juin 2017. Ei l’on se base sur les prévisions des analystes en la matière, les cours ont peu de chance d’évoluer vers la hausse à cause de la hausse de la production. La société de services financiers Fitch Group estime notamment à 3,4 % la croissance annuelle de la production de nickel jusqu’en 2021.

Dans ce secteur, c’est déjà la catastrophe. En Indonésie par exemple, treize fonderies de nickel ont dû fermer leurs portes à cause de la chute des cours. Ce sont pourtant des usines construites récemment, fait remarquer l’agence Reuters en ajoutant que la capacité totale de ces fonderies fermées sont de 750 000 T de nickel. Les 12 autres fonderies du pays continuent à produire à perte et vont probablement fermer bientôt.

En Nouvelle–Calédonie, SLN filiale du groupe français Ermet a dû mettre un plan de restriction des coûts qui lui a permis d’économiser 83 millions de dollars en fin 2016. Cette restriction a permis de réduire les pertes à … 143 millions de dollars.

Au Botswana, la société nationale de production de cuivre et de nickel, BCL Limited, a besoin de 685 millions de dollars pour rester opérationnel Le renflouement ne valant pas la chandelle, le gouvernement est obligé de vendre les actifs de l‘entreprise.

A Madagascar, notre Ambatovy national ne peut malheureusement pas se soustraire à la catastrophe mondiale. En 2015, la société minière a dû se séparer douloureusement de 1100 de ses collaborateurs (employés directs et travailleurs des sous traitants) dans le cadre d’une série de mesures de restriction des dépenses. Et durant ces dernières années, les actionnaires n’ont eu de cesse pour sauver l’exploitation par des opérations de recapitalisation et de réaménagement des dettes. Afin de pouvoir maintenir la tête hors de l’eau, Ambatovy devrait de nouveau se serrer davantage la ceinture, estiment les analystes.

Dans ce paysage très sombre, le PDG d’Ambatovy, Tim Dobson, demeure un véritable chef de troupe qui rassure plus que jamais : « s’il faudra continuer à réduire ses coûts de revient, la compagnie entend préserver son personnel dont l’effectif est déjà limité », a-t-il déclaré au cours d’une interview. Quand on sait que les actionnaires se sont engagés à ne jamais abandonner la plus importante exploitation de mine latéritique au monde, la déclaration de Tim Dobson ne rassure pas uniquement le personnel mais aussi la région et surtout le pays. Pour les 8000 salariés du complexe minier et de ses nombreux sous-traitants qui bénéficient sans aucun doute du niveau de salaires les plus élevés au pays, Tim Dobson leur enlève des doutes d’antan plus lourds avec le contexte économique et social qui prévaut dans le pays. Pour les collectivités, c’est l’assurance des ristournes dont le montant est tel que certaines communes ne savent qu’en faire. Pour les PME et les petits fournisseurs, le million de dollars déversé chaque jour par Ambatovy devra être réduit avec la restriction des dépenses mais le marché existe toujours. A part tout cela, l’exploitation constitue le premier contributeur fiscal du pays et assure 32 % des recettes de devises de l’Etat.

Pour tout cela, Ambatovy mérite beaucoup plus d’attention et de considération de l’Etat. Pour une fois que le président Rajaonarimampianina n’a effectivement rien à voir avec la chute libre des cours des métaux de base sur le marché international, il peut et a le pouvoir d’aider la compagnie minière (et tout le secteur privé d’ailleurs) en réglant certaines choses comme le renforcement de la lutte contre la corruption et la restauration effective de l’Etat de droit. Qui sait si Wisco attend de voir les actions de l’Etat malgache dans ces domaines avant de se lancer dans un projet pour lequel l’entreprise chinoise a déjà dépensé 100 millions de dollars. Car la chute des cours de métaux de base ne continuera éternellement pas de chuter. Wisco peut bien anticiper. D’après les analystes, Wisco pourrait être beaucoup plus important qu’Ambatovy.

Sa

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