Santé et protection sociale: La question de l'avortement
La question de l'avortement est désormais incontournable, non pas parce que Simone Veil est décédée et que certaines personnes malgaches en ont directement fait une icône sans avoir ni épluché la loi Veil de 1975, ni lu un seul ouvrage sur sa vie de survivante de l'holocauste, ni appris le travail qu'elle a fait pour l'Europe...mais juste par "effet de mode"! Elles en font une icône sans le même enthousiasme lorsque d'autres femmes malgaches de référence décèdent. La question de l'avortement est incontournable car aujourd'hui au XXIeme siècle des législateurs malgaches hésitent encore à légaliser l'avortement. Rétrograde dira-t-on mais surtout, et c'est ce qui importe, il ne suffit pas de l'autoriser il faut surtout tout l'accompagnement qui va avec. Car si refuser l'accès à l'avortement peut être condamnable, au-delà des convictions religieuses des uns et des autres ; l'autoriser sans mesures d'accompagnement est encore plus condamnable! L'acte d'interruption volontaire commence par un accompagnement psychologique de la femme qui se fait en milieu hospitalier et par des spécialistes. Essayer de l'écouter, d'entendre les raisons qui la poussent à y avoir recours car elle ne peut guère y avoir recours de gaieté de cœur. Elle y a recours car elle est acculée! Écouter ses raisons et lui proposer des solutions en ce sens ou le recours à l'interruption volontaire de grossesse est la dernière solution...mais ces solutions, le système de protection sociale et le système de santé malgache en sont incapables : proposer à la femme un accouchement sous X, proposer à la femme une aide matérielle et un accompagnement psychologique, proposer à la femme de la recevoir dans un foyer où on l'aidera pour mener à terme sa grossesse et l'aider à pouvoir prendre en charge son enfant. Si les différentes alternatives n'ont pas l'accord de la femme, elle sera accompagnée et aura un entretien avec le corps médical qui procédera à l'interruption volontaire de grossesse, on lui laisse même encore un délai de réflexion et elle fera l'objet d'un accompagnement psychologique et des propositions de contraception pour l'après: c'est à tout cela que s'est battu Simone Veil dans un pays où le système de santé et de protection sociale était une référence à l'époque. Alors oui, il est temps de dépénaliser l'avortement à Madagascar pour éviter ces avortements clandestins au cours desquels les médecins ou personnel médical y procèdent sans compassion, ces avortements clandestins au cours desquels les femmes y perdent leur vie...mais on ne peut le dépénaliser que si les structures médicales sont aux normes partout. Qu'une femme qui souhaite avorter et qui habite à Kandreho ait le nécessaire dans un centre de santé de base à proximité de son lieu de résidence, que cette femme puisse bénéficier d'un accompagnement psychologique, qu'on lui présente les alternatives et qu'elle soit accompagnée durant le processus.. On ne peut pas juste vouloir absolument donner l'acces à l interruption volontaire de grossesse, parce que c'est rétrograde de la refuser, sans que les services de santé de base soient aux normes, sans que l'accès soit permis aux femmes indigentes -jeunes ou pas, sans que ces femmes ne soient accompagnées et qu'elles ne se trouvent pas face à un regard réprobateur du personnel médical...autrement ce serait une fois de plus " effet de mode". Au-delà de la liberté fondamentale de la femme, il est indispensable qu'elle puisse choisir l'interruption volontaire de grossesse avec tout l'accompagnement médical, psychologique que cela requiert. Il ne suffit pas de dire que Simone Veil a fait beaucoup et que les parlementaires malgaches devraient en faire autant, il est important que le système de santé soit revu et correctement revu et pas que pour ce cas.
Anais T.