EDITORIAL: La création d’un nouveau martyr ?

La célébration de la fête de l’indépendance malgache est déjà loin. Du moins, si l’on aligne la notion d’indépendance à celle de liberté, notamment celle de se réunir ou de s’exprimer. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette interdiction ne s’applique qu’à un groupement très précis de personnes.

En marge de l’actualité qui a fait couler beaucoup d’encre, concernant l’affaire Claudine Razaimamonjy, avis et opinions étaient divergents. Bien entendu, les partisans des tenants du pouvoir défendaient bec et ongles les intérêts de ladite personne. Dans ce contexte, ils ont même osé procéder à un rassemblement improvisé lors d’une décente des magistrats dans l’hôpital où elle a été admise. Si cet événement semble anodin, il a été remarquable dans la mesure où aucune interdiction n’a été signalée concernant l’organisation de cette manifestation. Déjà à l’époque, de nombreuses personnes étaient étonnées d’apprendre que ce rassemblement de personnes a pu se faire, et par-dessus le marché dans un endroit non propice pour ce genre de chose. L’étonnement n’a pas duré longtemps quand ils ont su que le groupe défendait ouvertement les intérêts de la femme d’affaires, et donc protéger les opinions des proches du président. Normal donc qu’aucun agent des forces de l’ordre n’ait été dépêché sur place pour disperser ces individus. Un scénario qui a été complètement différent de la grève des universitaires, tant à Vontovorona qu’à Ankatso. C’est sans aucun doute ce traitement privilégié qui a permis au TIM ou aux journalistes de croire qu’ils pouvaient réunir librement une foule pour les rallier à leurs causes respectives.

Si pour les seconds, la manifestation devait se manifester par une marche, elle serait rentrée dans le contexte de la liberté d’expression. Pour les premiers, l’attroupement prévu visait à célébrer les 15 ans de la création du parti. L’une comme l’autre ont connu le même sort : l’interdiction de manifester. A moins d’être dupe, ou de ne pas avoir vécu dans ce pays durant les vingt dernières années, procéder de la sorte constitue une propre mise à mort du régime en place. L’AREMA en a fait les frais lorsque Marc Ravalomanana a été étiqueté en martyr. Même sort pour le TIM, dirigé par ce dernier lorsqu’il s’est érigé en martyr du pouvoir. Et donc, maintenant, c’est au tour de l’ordre des journalistes et du TIM de se poser en martyr. Le HVM de Hery Rajaonarimampianina risque donc très gros en essayant d’éteindre toute forme de liberté.

Si le TIM s’est affirmé comme étant un opposant au régime, la réaction du régime est compréhensible dans un régime dictatorial. A ce niveau, on pourrait même se dire que c’est un juste retour des choses vu que son leader a déjà tenu les rênes du pouvoir, et procéder de la même manière. Mais, pour les journalistes, on ne comprend pas d’où vient la motivation de les museler. Avec l’expression qui est mise à mort, c’est donc l’information que le régime dirigé par Hery Rajaonarimampianina essaie de tuer. Vivement les périodes pré-électorales de 2018 où il aura besoin des organes de presse.

Johan R.

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