Chronique de razafilahy : On aura tout vu …

Il faut reconnaître de prime abord qu’il n’y a ici aucune intention de mesquinerie partisane, ni de traiter qui que ce soit de porter la poisse ou d’être né un jour maléfique sous le signe astrologique du fameux « alakaosy» que craignent tant les devins de nos ancêtres. Mais toujours est-il que dès les premières heures de l’existence de ce régime, le sang, la mort et les malheurs étaient au rendez-vous et rôdent encore en permanence parmi nous. Lâche attentat anonyme à l’explosif à Anosy que personne encore jusqu’à ce jour n’arrive à élucider, mort violente d’une parente d’un ministre dans des conditions pas très claires, un garde de corps qui se donne la mort…La liste macabre serait trop longue s’il faut dresser la liste des personnes proches du pouvoir ou travaillant dans le cercle de celui-ci frappés de mort violente et décès tragiques…

Prenons le décès brusque de ce gouverneur de la Banque Centrale, suivi de celui d’un autre proche parent de ce dernier et que dans « les colonnes de nos confrères de l’Express de Madagascar, le candidat aux présidentielles Patrick Rajaonary n’y va pas par quatre chemins : « On a tué le gouverneur » affirme-t-il. Le plus surprenant c’est que personne au sein du pouvoir et parmi les proches n’avait cru bon d’infirmer ou démentir. Et voilà qu’une figure illustre de la politique depuis 2002 aurait choisi de faire hara-kiri avec une arme à feu, non sans voir pris la peine de clamer l’existence de fortes sommes qui lui revenaient de droit, la veille dans les réseaux sociaux : « Au cas où il m’arrive quoi que soit, elle devra s’en acquitter auprès de ma sœur, Misaharivoloniaina Razakahajaina RASOLOFO» à l’intention de son   ex et d’une copine. En précisant clairement dans son message sur le Net «Voilà les problèmes qu’il fallait que j’évacue auprès de vous, chers amis de Facebook et je vous remercie de votre attention et de votre compréhension… » Jusqu’à avouer d’être «trop honnête au point d’être naïf ». Mais pas au point d’admettre d’être fou pour se suicider, malgré les problèmes qu’il fallait évacuer. Colombo, le fameux policier de l’inusable série télévisée aurait été dans son élément avec une pareille histoire qui n’est pas sans rappeler la saga immortalisée à l’écran sous le titre Châteauvallon… Laissons les morts parmi les morts et les disciples de Sherlock Holmes faire leur boulot ! Il nous faut regarder de près les problèmes existentiels des millions de survivants qui peuplent encore cette île.

Dans le temps, disons jadis, il y avait bien entendu   ce sinistrement célèbre « DINA MENA VOZO » qui consistait à trancher la gorge de tout individu reconnu coupable d’un crime aux yeux de tous les habitants. Forme de règlements de compte très affectionnés et propres à certains villages seulement du Sud-Est, à défaut de faire confiance au système judiciaire étatique. Mais lorsque d’un bout à l’autre de l’île, à l’heure actuelle, tout le monde s’y met et ait pris un goût morbide à l’usage de la loi du Talion, dans le style Far-West du lynchage par la foule, on n’a plus le droit de s’étonner, lorsque dans leur message apostolique les évêques de Madagascar se préoccupe de la situation au point de déclarer « On ne parle que de corruption, de condamnation d’innocents, de la vérité qui est bafouée. Ce qui est plus affligeant c’est de savoir que certains d’entre vous qui travaillent sérieusement sont persécutés ou bien sont affectés ailleurs. Comme conséquences néfastes, les gens prônent comme solution immédiate les vindictes populaires. L’Etat de droit est devenu une parole vide de sens. (…) Les prélats vont même jusqu’à «souligner que le fondement de tout ce qui arrive est que l’argent avec le mensonge et les fraudes sont devenus l’unique référence pour ne pas dire le véritable dieu qui envahit la vie des gens et même les autorités en haut lieu, avec comme conséquence fâcheuse, le refus d’écouter les sages et les gens honnêtes qui ne sont plus ni respectés ni suivis.» Il y a pire. Ce penchant à faire justice soi-même a atteint aussi le cœur de certains fonctionnaires de la Sécurité Publique qui, pour jouer aux justiciers du Far-West version locale vont incendier froidement toute une localité avec un bilan macabre à faire pâlir d’envie nos voisins du continent à côté. D’un côté aussi, on brûle les bureaux des tribunaux. On assassine froidement des commandants d’unité en mission en brousse et des maires ; on viole, on tue sauvagement des hommes et des femmes. Qui n’aurait pas eu envie de vomir de dégoût et de colère à la vue de la photo de cette créature débitée comme une bête à l’étal, parue à la Une des journaux? Le comble est que l’impunité persiste en faveur de ces bêtes cruelles que la justice n’arrive à condamner. Qui parle encore de l’affaire du kidnapping de Toamasina qui a coûté la vie à cette gamine tuée et abusée ? C’est triste à dire, mais vraiment, on aura tout vu sous cette 4ème République. Ce qu’on appréhende tous et que personne ne souhaite, c’est qu’un jour un haut responsable fasse les frais d’une justice populaire. Le scénario que personne n’ose voir se réaliser serait de constater que cette colère qui gronde dans les esprits des petites gens pourrait éclater parce qu’ils ont le ventre creux, alors qu’en face une bourgeoisie des affaires cupide et ploutocrate se vautrent avec arrogance dans le confort et les privilèges de l’ argent mal acquis. Qui peut nier encore que « le fondement de tout ce qui arrive est que l’argent avec le mensonge et les fraudes sont devenus l’unique référence pour ne pas dire le véritable dieu qui envahit la vie des gens et même les autorités en haut lieu » ?

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