Economie bleue : Qu’en est-il de l’intérêt du pays ?

L’économie bleue peut jouer un rôle essentiel dans la transformation structurelle de l’Afrique, la croissance économique durable et le développement social. Les principales branches de l’activité économique de l’Afrique basée sur les ressources marines et aquatiques sont aujourd’hui la pêche, l’aquaculture, le tourisme, les transports, le secteur portuaire, le secteur minier et le secteur de l’énergie.

Dans ce cadre, les données de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique font état, entre autres, qu’avec ses 5 500 kilomètres de côtes, Madagascar bénéficie d’un éventail unique de ressources naturelles côtières et marines. Le pays a déjà démontré avec succès l’efficacité de l’approche de l’économie bleue et les exemples concrets qui suivent permettent de tirer de précieux enseignements. Tous démontrent l’adéquation du concept de l’économie bleue pour s’orienter vers un développement durable, puisqu’elle permet de créer des emplois diversifiés et de renforcer les compétences de manière pérenne. La clé du succès réside dans l’aptitude à apprécier le potentiel commercial puis à prendre les mesures nécessaires pour faciliter le lancement de projets, qui aboutiront d’autant mieux que toutes les parties prenantes auront été mobilisées.

Dans ce contexte, Jouissant d’une biodiversité marine particulièrement riche, l’île de Nosy Be est naturellement devenue le premier « point chaud » de l’écotourisme bleu dans la région. Elle offre des activités balnéaires diverses et variées, et elle permet d’observer des espèces emblématiques (baleines, tortues géantes, dauphins, raies manta, etc). Le gouvernement malgache a donc fait de l’île un site prioritaire pour la promotion du tourisme, ce qui permettra de mobiliser des investissements clés notamment pour moderniser l’aéroport international et poser un câble de télécommunications à fibre optique. Ces activités engendrant des externalités environnementales, il importe d’établir des liens durables entre les différents secteurs. La ville de Mahajanga (ou Majunga) est réputée dans le monde entier pour ses élevages de crevettes. L’élevage industriel des crevettes a démarré dans l’Océan Indien Occidental (OIO) en 1989, avec le projet Aqualma (groupe Unima) à Madagascar. Aujourd’hui, plusieurs entreprises pratiquent la même activité selon les mêmes modalités au Mozambique et en Tanzanie. Le modèle de développement, pérenne, doit beaucoup à la qualité du produit et aux investissements conséquents consentis. Situés dans des zones isolées, les sites de production exigent effectivement de lourds investissements et leur fonctionnement est coûteux. Mais grâce à la haute qualité des produits, ils restent concurrentiels sur les marchés mondiaux. La pratique a démarré sur la côte ouest de Madagascar avant de gagner le Mozambique puis la Tanzanie. Depuis le début, les projets intègrent des activités de développement des communautés locales et font preuve de responsabilité sociale, ce qui a permis de construire des hôpitaux et des écoles, de développer les raccordements électriques et d’améliorer l’alimentation en eau potable, pour le plus grand profit des employés…

La responsabilité environnementale fait partie intégrante de l’élevage industriel de la crevette à Madagascar —une attitude reconnue récemment par plusieurs ONG dont le Fonds mondial pour la nature (WWF) et des associations de certification. La surveillance écologique de la baie et les programmes de plantation de palétuviers sont des activités menées périodiquement sur chacun des sites de production. L’intégration verticale totale autorise une traçabilité parfaite, de sorte que les produits obtiennent différents labels, comme le « Label rouge » en France, grâce à un partenariat privé avec le WWF visant à faire reconnaître la gestion sociale et environnementale responsable d’Aqualma. Le projet respecte les recommandations de la FAO telles qu’énoncées dans ses Principes internationaux pour un élevage responsable des crevettes dont l’objectif est de créer une activité lucrative durable.

Pour Madagascar, la quatrième île du monde en superficie et la plus vaste de l’OIO, le concept de l’économie bleue fait déjà partie intégrante de son développement et de sa culture. Même si une grande majorité de la population se consacre naturellement à l’agriculture, le renouveau économique du pays passera par l’adoption des solutions bleues qui lui sont offertes par sa flore et sa faune uniques. Madagascar a démontré tout l’intérêt d’une politique dédiée à l’économie bleue, définissant plusieurs secteurs prioritaires (dont la gestion de l’eau) mis en œuvre de manière intégrée — ce qui laisse fort bien présager de l’avenir. (Voir article , par ailleurs.)

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