Réforme de l’Armée : Quelle vision ?
L’Armée a pour mission d’assurer en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d’agression, la sécurité et l’intégrité du territoire, la sauvegarde du patrimoine national ainsi que la protection de la population dont elle tend à développer la capacité matérielle, intellectuelle et morale de résistance (Loi N°94-018 du 26.09.95, portant Organisation Générale de la Défense à Madagascar .)
L’évolution du concept de défense et de sécurité, vers celui de la sécurité humaine élargit le champ d’action de l’Armée. Celle-ci est appelée à s’ouvrir aux autres acteurs de gouvernance du secteur de la sécurité afin d’accomplir de façon efficace et efficiente ses missions , lesquelles exigent la neutralité politique, le respect des citoyens, des droits de l’Homme et de la dignité humaine, les agissements allant dans l’intérêt suprême de la nation, la protection et la défense des populations tout comme des institutions de l’Etat.
Mais mentionne la Lettre de Politique Générale de la Réforme du Secteur de la Sécurité dans cette vision de la réforme de l’Armée, les menaces et les risques existent.
L’opérationnalisation de cette vision, d’après toujours la Lettre, se heurte à des menaces et risques internes et externes qui mettent à mal la défense et la sécurité du pays.
Sur le plan national, l’absence de la culture de défense, la politisation et l’instrumentalisation de l’Armée, le déficit de capacités opérationnelles à divers échelons, visibles au niveau des ressources humaines, des structures, des infrastructures et des équipements, constituent d’importantes menaces. Le summum est le phénomène de vols de bétail disproportionné, perpétré par les dahalo ainsi que la prolifération des crimes organisés.
En outre, il importe de signaler précisément les menaces qui ont un impact négatif assez significatif sur l’intégrité, la transparence et la professionnalisation de l’armée. Il s’agit notamment de l’absence d’un cadre légal mettant en évidence le concept de défense et de sécurité, du chevauchement entre l’armée de terre et les services de sécurité intérieure chargés de la gestion démocratique des mouvements de foules à travers l’Organe Mixte de Conception (OMC) et l’Etat Major Mixte Opérationnel (EMMO). En effet, ce sont des réalités auxquelles s’ajoutent l’inexistence d’une garde côtière répondant aux besoins de la grande île, les anomalies flagrantes dans la gestion de carrière qui déséquilibrent la hiérarchie pyramidale de l’armée, l’absence d’une politique de prise en compte du genre et d’un programme de différentes formations.
Par ailleurs, la présence des militaires dans l’administration publique, leur nomination ou leur élection à des postes politiques, créent un conflit d’intérêt qui est perçu par la population comme une des causes principales des crises récurrentes à Madagascar, affectant ainsi la gouvernance et le développement du pays.
Enfin, d’autres menaces aux manifestations multiples, sont liées à des phénomènes sociaux notamment l’extrémisme religieux, la corruption, le népotisme et le corporatisme.
Sur le plan international, on peut citer la lutte d’influence géopolitique et stratégique dans l’Océan Indien, le terrorisme, le pillage et l’exploitation abusive, voire mafieuse, des ressources nationales avec écoulements illicites à l’étranger, la porosité des frontières maritimes, la piraterie maritime ainsi que d’autres menaces transnationales.
Pour que cette vision soit effective, il faudra agir sur les menaces et risques tant endogènes qu’exogènes qui handicapent l’efficacité et le professionnalisme de l’Armée.
Pour assurer le contrôle démocratique de l’Armée, il sera essentiel de développer certains leaderships civils et des capacités dans le secteur de la sécurité (en termes d’administration et de budget). Il faudra également identifier clairement ses fonctions et responsabilités auprès et au bénéfice de la population.
Recueillis par C.A