Affaires publiques : L’urgence pour la population n’est qu’accessoire pour le régime

Entre la peste que le ministère de la santé résume dans un terme complètement honteux au 21ème siècle par ” saison pesteuse” un peu pour dire que c’est quelque chose d’habituelle à cette saison et la sempiternelle question de sécurité pour laquelle le président de la République se permet de dire que c’est “l’affaire de tous” , on se rend compte à quel point nos dirigeants sont au mieux inconscients, au pire irresponsables et s’assoient royalement sur le distinguo à faire entre ce qui est accessoire de ce qui est essentiel, de ce qui est important, de ce qui est urgent.

Quand dans un pays où se côtoient des immensément riches et des extrêmement pauvres, dans un pays où certains en haillons dorment dans les rues tandis que d’autres roulent dans des voitures blindées qui coûtent des milliards, dans un tel pays où la peste – une maladie d’un autre temps -sévit encore, on se demande si nettoyer les villes, vider régulièrement les bacs à ordure qui s’entassent, choisir une solution intelligente pour toutes ces ordures plutôt que de les déverser tranquillement dans des endroits où il y a des âmes qui vivent, trouver une solution pour rendre les villes et les villages plus propres, plus sains, est-ce que tout cela n’est pas plus URGENT que d’ergoter sur un référendum constitutionnel ou une révision constitutionnelle, n’est pas plus urgent que de se réunir au QG du parti HVM avec un défilé de belles voitures garées au mépris de la loi du côté d’Antanimena pour préparer 2018.

Dans un pays où il ne se passe pas un jour sans qu’il y ait des victimes de l’insécurité dans les rues, dans les transports en commun, sur les routes nationales, dans leur village et hameau, et même dans leur tombe…dans un tel pays, est-ce que la question de vouloir absolument encore être à la tête en 2018 n’est pas accessoire et que les responsables doivent s’atteler maintenant, tout de suite parce que c’est non seulement URGENT et IMPORTANT la question de la sécurité publique et que cette question est d’abord en premier l’affaire de l’Etat, l’affaire des dirigeants. Quand le Président de la République se permet de dire que la sécurité est l’affaire de tous, ne sait-il pas qu’il y a des secteurs régaliens de l’Etat dont la sécurité? Ne sait-il pas qu’il y a des personnes qui sont payées pour assurer la sécurité des personnes et des biens? Ne sait-il pas qu’il y a des forces productrices pour contribuer au développement du pays et des forces de l’ordre pour assurer la sécurité? Ne sait-il pas lui-même qu’il ne suffit pas de mettre une tenue militaire et se targuer d’être le chef suprême des armées, encore faut-il savoir ce que signifie l’armée, la responsabilité qui en découle, la devise du ” pour la patrie”?

Quand au 21ème siècle, des Malgaches meurent de la peste et que la peur est telle qu’on se rue vers les pharmacies et qu’on avale des médicaments pour se protéger ; quand on voit à quel point le ministère de la santé publique ne communique pas, communique à peine sur cette maladie ; quand on voit les ordures qui s’entassent, la mauvaise et très sale habitude de ceux qui crachent dans les rues ; quand on voit cette ” mode” de se saluer en s’embrassant tranquillement ; quand on voit comment les gens avalent les antibiotiques comme on avalerait un bonbon, on est obligé d’admettre que la question de la santé publique qui pourtant est une question urgente et importante en devienne une question accessoire pour ce régime qui considère que la seule chose urgente et importante est 2018, si bien que la population semble être “des pestiférés” pour le régime, une population à éviter…mais une population dont la voix qui sera absolument essentielle pour 2018 quitte à détourner cette voix!

Claude Rakelé

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