Séparation de jumelles siamoises : Ce qui est interdit…
Beaucoup de tam-tam médiatique autour de la séparation de jumelles siamoises, réalisée récemment à l’Hôpital d’Ampefiloha (HJRA). L’intervention a été présentée comme une « prouesse chirurgicale », et la presse a été rameutée pour en faire la plus large diffusion. Il est vrai qu’une équipe de tournage a été introduite dans le bloc chirurgical, ce qui a valu aux téléspectateurs des images peu ragoûtantes à l’heure du souper… En tout cas, toute l’opération sent la propagande en vue de 2018. Pendant quatre ans en effet, il n’y eut pas d’intervention de ce genre de la part de l’ «équipe chirurgicale chevronnée conduite par le Pr Mamy Lalatiana Andriamanarivo (par ailleurs ministre de la Santé) ».
A un an du scrutin présidentiel, le régime entreprend cette opération plus publicitaire que médicale. Qui sait, pour faire reluire l’image du chef suprême à l’approche de l’élection présidentielle, ordre a peut-être été donné à tous les ministres de réaliser un exploit retentissant… Apparemment, l’opération faite sur les siamoises Fitia et Mitia était la plus facile, car sans organe vital commun (cœur, cerveau, foie…) et sans vascularisation imbriquée. Néanmoins, l’équipe médicale a quand même attendu cinq jours avant de révéler la « prouesse » au public. Si les cobayes avaient connu des complications et étaient décédés, un silence pudique aurait certainement été étendu sur l’affaire…
Signalons un fait à cette équipe qui, sous couvert d’un exploit chirurgical, fait surtout la promotion du candidat d’Etat à l’élection présidentielle : la déontologie interdit au médecin toute réclame ou tout procédé ayant un caractère publicitaire. En transmettant aux chaînes TV les images de l’intervention chirurgicale et en rameutant la presse pour donner la plus large publicité à l’ «exploit », ces praticiens transgressent les règles éthiques de la médecine. Car il peut s’agir d’une dérive commerciale de l’exercice médical, le Pr Mamy Lalatiana Andriamanarivo incitant indirectement les familles ayant des siamois (dans l’île comme à l’étranger) à s’adresser à lui et à son cabinet privé. Si l’Ordre des Médecins de Madagascar faisait correctement son travail, ces chirurgiens propagandistes se verraient rappeler à l’ordre.
A.R.