Madagascar – Karanas : Faites le premier pas, ne soyez plus ingrats

Ils sont mal aimés, car mal connus, et deviennent facilement des motifs de risée (Fatsour Ali pour «Fatsoraly» signifiant retors) ou de «vengeance» sous forme d’OPK (l’Opération Karana de 1987 est la plus tristement connue). Ou même font l’objet de règlements de compte entre eux (l’affaire Mohamed Taki est mondialement connue). Mais qui sont donc ces fameux Karanas, et d’abord, d’où vient ce mot n’existant qu’à Madagascar?

Karana ou Karane, est, à Madagascar, un terme péjoratif désignant tout individu de type indien de l’Inde (il y a les Indiens d’Amérique, Indian Americans, ne l’oubliez pas). Origines du mot: 1. Quran (Coran); 2. Sanscrit Karan (agent); 3. Hindi Karâni ou Kirâni (secrétaire rédigeant en anglais). C’est le mot sanscrit qui colle le plus aux activités de départ des Karanas de Madagascar. En passant, il y existe, de nos jours, plusieurs communautés religieuses de Karanas. On peut citer les Dawoodi Bhoras, les Khojas, les Aga Khans et les Hindous.

Souvent, Karanas est synonyme d’indo-pakistanais mais c’est un non sens. En effet, il y a l’Inde et il y a le Pakistan. Ils ne peuvent plus être les deux à la fois depuis les 14 et 15 d’août 1947. C’est l’un ou l’autre (mais tous considérés comme Karanas) En effet, la naissance de l’Union de l’Inde (république fédérale de 28 États et 7 territoires) précède celle du Pakistan, une nation créée au XXème siècle. Signifiant «Pays des purs», il s’agit d’une république islamique… Deux autres histoires pas joli-jolies.

Pour en revenir à Madagascar, les ancêtres des Karanas d’aujourd’hui ne sont pas nés avec une cuillère d’or dans la bouche. Ils sont arrivés entre 1860 et 1870, soit plus d’un quart de siècle avant la colonisation française. La majorité vient du Gujerat, une province du nord-ouest de l’Inde. Et ils ont la bosse du commerce (les Chinois de l’époque, eux, étaient plutôt des travailleurs immigrés d’abord), du troc plus exactement: ils arrivaient par bateau, « faisant un va-et-vient entre l’Inde et l’Afrique de l’Est, exportant de leur pays des plantes médicinales, des tissus de soie, en échange d’ivoire et d’or» (Anilkoumar Pala).

«Par ailleurs, un certain nombre d’artisans tisserands issus du Gujerat préfèrent immigrer sur la côte orientale de l’Afrique et le long de la côte ouest de Madagascar, suite à une disette» (Amiraly Hassim). Au fil du temps, c’est en cherchant à conserver leur place dans les circuits commerciaux, de plus en plus dominés par les puissances occidentales, qu’une partie des Karana de Madagascar sont devenus, lentement mais inexorablement, les représentants (agents donc) des grandes compagnies commerciales d’Europe ou d’Amérique du Nord.

Ils sont très discrets et personne n’entend parler trop d’eux durant toute la période de la colonisation française. Seulement, leurs descendants, qui ne sont pas restés apatrides, sont de nationalité malgache (oui), française ou britannique, sinon bi-nationaux. En deux siècles, «à force de travail», les Karanas sont devenus une puissance économique, considérable et considérée comme incontournable. Si bien que le président de la 1ère république malgache, Philibert Tsiranana, les a appelé «19ème tribu de Madagascar». Mais c’est quoi cette «force de travail»? Ils sont venus sans rien sur des terres qui ne leur appartiennent pas, au milieu d’un peuple à la culture différente de la leur. En pratique, ils ont savamment su exploiter -le mot est exactement vrai ici- les unes (terres) et les autres (Les Malgaches et leur légendaire gentillesse). Pour les valoriser à leurs propres comptes, sans aucun transfert d’une quelconque technologie. Une néo-colonisation envers un peuple de portefaix, doublé de vendeurs à la sauvette jusqu’en ce mois de septembre 2017.

Ici, il importe de faire une nuance entre Karanas et relations avec la république de l’Inde qui a ouvert son ambassade en 1960, seulement après le retour de l’Indépendance donc. Actuellement, la communauté indienne à Madagascar (mais de quelle nationalité exacte?) est estimée à 20.000 résidents répartis dans toutes les grandes villes de la Grande île. Cependant, sous cette IVème république du président Hery Rajaonarimam-

pianina, un sentiment d’insécurité pousse certaines familles à songer à leur départ définitif vers des nations plus accueillantes, comme le Cana-

da, la France, l’Ile Maurice ou La Réunion. Dans cette île, 40% de la population sont d’origine indienne ou pakistanaise. Il y existe des Karanas, musulmans chiites qui, pour la plupart, ont quitté Madagascar lors de sa nouvelle indépendance. Et, à Maurice, les Indiens de l’Inde constituent les 70% de la population.

En ce troisième millénaire, il est plus que clair que leur domaine d’exploitation s’est très élargi. «Ils interviennent dans différents secteurs d’activités tels que la télécommunication, le secteur minier, l’agriculture… La Grande île intéresse de plus en plus les investisseurs indiens. Dans le secteur agricole, des opérateurs indiens projettent de mettre en place des unités de production à Madagascar d’ici quelques années» (Chandra Ballabh Thapliyal, ancien ambassadeur indien). Mais restons dans le volet Karanas de Madagascar, tout en rappelant, tout de même que des milliers de produits «Made in India» inondent le marché malgache, tuant dans l’œuf toute prétention à l’industrialisation de la Grande île. Volonté ou malédiction ? Dire qu’il existe un ministère malgache de… l’Industrie. Mais, sans rire, laquelle les gars?

Localement et mondialement, les Karanas font parler d’eux. A Madagascar, les plus (tristement) célèbres, par leur accaparement de terrains sont: la famille Rajabali (SCB, CIMELTA Madagascar et BATPRO) et Yavarhoussen Abdoulrassoul (Groupe FILATEX). Au niveau mondial, selon le magazine Forbes francophone, voici deux de ces descendants d’immigrés indiens de l’Inde, les plus riches de la Grande île de l’océan Indien, millionnaires en dollars américains: Ylias Akbaraly (Groupe SIPROMAD, entre autres), Hassanein Hiridjee (Pdg du groupe AXIAN: Jovenna, EDM, BNI Madagascar, First Immo, Opham, Telma, MVola, TOM). Mais il y a aussi les autres, milliardaires également Même en ariary… Bravo, messieurs, bravissimo même! Mais savez-vous ce que redevabilité veut dire ou avez-vous attrapé le virus «Hvm Ingratitudus» (Haute viralité malgache de l’ingratitude)? Explications.

Ce pays qui a accueilli leurs ancêtres, leur a permis de faire d’eux ce qu’ils sont en ce troisième millénaire. Certes, c’est «à force de travail» qu’ils ont réussi car ils n’ont pas tout dilapidé. Mais qui a le plus travaillé sinon les Malgaches eux-mêmes, souvent sous-payés (même actuellement)? A qui appartiennent réellement les terres et terrains qu’ils sont en train de s’accaparer avec la complicité d’autorités locales aussi véreuses que corrompues? Sans ces terres, sans cette main-d’œuvre bon marché (pour ne pas dire plus), sans cette mafia de très haut niveau, ils n’auraient jamais été ce qu’ils sont, là où ils sont.

Aussi, dans le domaine de l’immobilier en particulier: parallèlement aux résidences de haut standing (Alhambra Ankadimbahoaka, par exemple) inaccessibles au pouvoir d’achat de la majorité des Malgaches (qui vivent avec moins de 1 USD/jour), leur est-il terriblement pénible d’investir dans la construction -sur des terrains offerts par l’Etat- de logements sociaux de 2, 3, 4 pièces à mettre en location vente sur 15 ans, comme sous l’ère Philibert Tsiranana, il y a un demi-siècle?

Ce serait mieux que cette fausse zakat effectuée, ici, pour se donner bonne conscience, c’est tout. Car la vraie zakat, ce n’est pas aligner les pauvres malgaches pour distribuer des vivres et quelques piécettes, juste le temps et pour le temps d’un instant. Donner la zakat (un des 5 piliers de l’Islam) signifie: «donner un certain pourcentage de la valeur de certains biens à certaines catégories de nécessiteux». Le pourcentage qui est dû sur l’or, l’argent et les fonds en argent qui équivalent à la valeur du poids de 85 grammes d’or, et dont une personne a été en possession pendant toute une année lunaire, est de 2,5%.

De son côté, tout dirigeant au pouvoir à Madagascar n’a-t-il pas la possibilité de «suggérer», d’abord, à ces milliardaires (en majorité bijoutiers), grâce au «Tanindrazana» (terres des ancêtres) par trop disponible pour eux, d’investir dans ce genre de construction comme les logements sociaux en France (HLM pour Habitations à Loyer Modéré) dès le début des années 1950? C’est cela le vrai principe du gagnant-gagnant («win-win») et rien d’autres.

En France, encore, il existe une multitude de lois à propos des logements sociaux. La dernière est la loi ALUR (Loi pour l’accès au logement et à un urbanisme rénové) de la ministre du Logement et de l’Egalité, Cécile Duflot, promulguée le 24 mars 2014. Voilà le rôle de l’Etat, le vrai. Le gouvernement malgache «de combat» (contre qui contre quoi?) a-t-il une politique à ce sujet?

Compatriotes Karanas (beaucoup sont tout de même nés ici): faites le premier pas, n’attendez pas, ne soyez plus ingrats, honorez la mémoire de vos ancêtres en contribuant à améliorer l’avenir -immobilier- des générations de Malgaches présen-

tes et à venir. Sans compromis ni compromission. Misaotra betsaka sahady, hono, e !

Jeannot Ramambazafy

Commentaires   

0 #1 vatomena 21-09-2017 17:25
Allez vous exonérer toute la mafia malgache des députés ,juges ,président de faire aussi acte de charité envers les pauvres ? Les karanes créent des emplois ,la Mafia malgache ; non .
Citer

Ajouter un Commentaire