Chronique de razafilahy : Les clés du succès de la démagogie

Nous vivons dans un monde ahurissant. Un monde où ce n’est pas celui qui est le plus méritant qui gagne, mais c’est toujours les plus futés et les plus roublards qui ramassent le maximum de privilèges, de sous mal acquis, les gosses fortunes et les honneurs. Il n’y a rien d’exaltant bien sûr ! Mais toujours est-il que notre société se trouve sous la coupe d’un système qui alterne la démagogie et la répression comme mode de gouvernement. Si bien que finalement n’importe qui est obligé d’admettre que le succès de ce choix politique repose sur un trépied très utilisé par les dirigeants actuels même s’ils défendent d’en faire usage à l’endroit des administrés en se retranchant derrière les prérogatives étatiques. Avez-vous remarqué que le dirigeant de ce pays dès ses premiers pas dans l’arène nous avons promis monts et merveilles et un éclairage éblouissant de lumière sans les interminables délestages ? Le nouvel homme fort n’a pas attendu longtemps pour montrer à ceux qui l’ont aidé à arriver là où il règne en maître après Dieu, que l’ingratitude est un virus utile et nécessaire pour l’exercice solitaire du pouvoir au milieu d’une cour d’opportunistes béni-oui-oui, une foule de profiteurs trop contents de se trouver à côté du seigneur pour pouvoir abuser librement et sans crainte des deniers de l’Etat et des ressources nationales. Mais la qualité la plus marquante d’un détenteur du pouvoir est d’être capable de fermer les yeux, les oreilles et son cœur face aux sorts malheureux de tout un peuple.

Les zélateurs et autres adorateurs de ce régime, que les habitants commencent à ne plus aimer du tout diront sûrement que les critiques ne sont que les armes des envieux. Soit ! En tout cas personne ne serait assez suicidaire pour souhaiter être à la place de tous ces barons du régime le jour où ils devront répondre devant le tribunal de l’histoire de tous les turpitudes et mauvaises actions commises au nom de la République. Afin de s’assurer le terme dans la jouissance de l’exercice que la Loi Fondamentale avait conféré à tout ce beau monde qui passent le plus clair de leurs activités dans les compromissions que le commun des mortels arrive à peine à comprendre. A titre de rappel, revoyons encore une sans nous lasser ces envolées séduisantes et fort prometteuses d’une investiture solennelle qui nous avaient permis de croire bêtement que désormais l’exercice des fonctions étatiques consistera à «construire un cadre pérenne et durable de l’action publique dans son ensemble. Un cadre qui correspond aux aspirations locales et qui permet à l’action publique de gagner en efficacité, en réactivité et en proximité. Rétablir la confiance de l’Etat, c’est aussi réformer la Justice de l’Etat. La Justice devrait être accessible à tous et égales pour tous. Nous devrons lutter contre l’impunité et restaurer la confiance des Malgaches et des Etrangers dans notre Justice.»

A quelques jours de la fin d’un mandat présidentiel inauguré en grandes pompes mais suivi tout de suite après par les pires malédictions qu’un peuple pouvait subir selon des observateurs pouvaient constater sans se tromper ni exagérer que « Le constat final est simple : on vit sous le joug d’un présidentialisme fort, à peine déguisé, qui va à l’encontre de la Constitution et favorise l’instabilité à tous les niveaux dans le pays ». Les autres institutions au lieu de jouer leur rôle s’abaissent jusqu’à ramper aux pieds de l’exécutif pour quelques millions de liasses d’Ariary, des avantages en nature sous forme d’espèces sonnantes et roulantes…Les collectivités de base disposent à peine de budget. Des témoignages rendus publics confirment que « même si quelques timides efforts ont été faits, le bilan du régime est loin d’être probant, malgré les promesses et les gesticulations. Le pouvoir d’achat de la majorité se dégrade continuellement et les inégalités se creusent encore. (… ) Les investissements privés et les investissements directs étrangers se font rare, alors que le chômage et le sous-emploi, notamment des jeunes, n’arrêtent pas de progresser ». Les lingots d’or des trafiquants pourtant notoires partent vers les raffineries et autres coffres des Emirats et le cheptel bovin diminue à vue d’œil sous la pression d’une exportation sauvage que les responsables maîtrisent mal ou laissent faire. Au niveau des juridictions, les déficits d’intégrité sont dénoncés par la magistrature elle-même révoltée d’avoir à endurer une instrumentalisation payante au prix fort en faveur de la mafia des trafics en tous genres. Lorsque ces lignes vous tomberont entre les mains, deux pauvres justiciables victimes de l’usage systématique d’un mandat de dépôt et de l’aveuglement de quelques fonctionnaires des tribunaux vendus et sans cœur passeront devant des juges. Le seul tort de ces deux hommes, c’est d’avoir été les réels propriétaires fonciers d’un périmètre cédés à des hommes d’affaires chinois trompés par des aigrefins spécialistes du stellionat. S’il fallait recenser les cas similaires qui ont permis à de richissimes étrangers du clan des Karanas de devenir propriétaires d’immenses empires immobiliers dans la capitale comme dans les provinces. Voilà qu’après les récents réchauffements des relations contre-nature et dévoyés de quelques décideurs avec des affairistes de nationalité chinoise, n’importe qui serait scandalisé…L’odeur de la cupidité et de la corruption est perceptible même à distance. Et dire qu’après avoir prêté serment de ne servir que les intérêts supérieurs de sa patrie, l’actuel président de la République s’est engagé jusqu’à affirmer publiquement « La culture de l’impunité est révolue et je m’engage à organiser une lutte sans merci contre tous les détournements de biens et de deniers publics ; contre tout enrichissement illicite, tout racket ou encore toute utilisation abusive des biens publics. Le rétablissement de l’autorité de l’Etat conduira au retour de l’Etat de droit et mettra un terme définitif au cycle de crises et favorisera notre croissance économique. » Le président de la République pourra-t-il encore redresser la barre ? Le doute est permis…Pourquoi ? Essayons de méditer sur ce conte Peul qui pontifie clairement comme suit : « Partout et en tout temps, tu verras des chefs s’obstiner à vouloir dominer et imposer leur volonté autour d’eux. Pour réussir, ils useront aussi bien de la force et de la ruse que de la flatterie et de la traîtrise. S’ils échouent, au lieu de se plier à la nature des choses, ils s’entêteront et pour finir, par pure bravade, ils déclencheront eux mêmes ce qui causera la fin de leur règne »

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