REGARDS CROISES : La peste, combien de décès seront dénombrés en 2017 !

Pour ne pas pêcher dans la mauvaise interprétation, Regards croisés transcrit des extraits des publications et les déclarations de l’OMS. Ces informations se doivent d’être « plus » accessibles au grand public, pour conscientiser tout un chacun face au risque de contamination, même si ce risque relève de «la faute à pas de chance»!

Extrait du Bulletin d’information sur les flambées épidémiques, en date du 21 novembre 2014

Informations générales

La peste est une maladie due au bacille Yersinia pestis, qui touche principalement les rongeurs. Il est transmis par les puces. Les sujets piqués par une puce infectée sont généralement atteints de la forme bubonique de la maladie, qui se caractérise par l’apparition de bubons (ganglions tuméfiés). Le bacille peut aussi atteindre les poumons. La forme pulmonaire de la maladie se transmet par les gouttelettes infectées expulsées lorsque le malade tousse. Si elle est diagnostiquée tôt, la peste bubonique peut être traitée avec succès à l’aide d’antibiotiques. En revanche, la peste pulmonaire est l’une des maladies infectieuses les plus mortelles: le décès peut survenir 24 heures après l’infection. Le taux de létalité dépend de la précocité de l’instauration du traitement mais est toujours très élevé.

L’OMS tient à rappeler que pour la forme bubonique de la maladie, (…), la peste se transmet par la piqûre d’une puce provenant d’un rat pesteux, et non par les mouches ni par les moustiques, (…). Par contre, la forme pulmonaire, (…), survient soit secondairement à une forme bubonique parvenue à un stade avancé, soit par inhalation, d’un homme infecté à un autre.

Nous pouvons lire, par ailleurs, dans le Bulletin d’information sur les flambées épidémiques, publication en date du 9 janvier 2017 :

Le 6 décembre 2016, le Ministère de la santé de Madagascar a alerté l’OMS d’une flambée présumée de peste dans le district de Befotaka, dans la région d’Atsimo Atsinanana au sud-est du pays. Ce district est situé à l’extérieur de la zone d’endémie connue à Madagascar. Aucun cas de peste n’a été signalé dans cette zone depuis 1950.

Au 27 décembre 2016, 62 cas (6 confirmés, 5 probables, 51 suspects) dont 26 mortels (taux de létalité de 42 %) ont été signalés dans deux districts adjacents de deux régions voisines du pays. Vingt-huit cas, dont 10 mortels, ont été notifiés dans le district de Befotaka, dans la région d’Atsimo-Atsinanana, et 34 cas, dont 16 mortels, dans le district d’Iakora dans la région d’Ihorombe.

Sur 11 échantillons analysés, 5 ont donné des résultats positifs pour la peste d’après un test de diagnostic rapide et 6 sont actuellement en cours de confirmation dans un laboratoire de l’Institut Pasteur. Sur l’ensemble des cas signalés, 5 sont classés comme des cas de peste pulmonaire, les autres évoquant une peste bubonique.

Les investigations rétrospectives menées dans ces deux districts ont montré que la flambée pourrait avoir commencé mi-août 2016. L’enquête est en cours dans les villages voisins. Le 29 décembre, 3 décès ont été recensés dans le cadre d’une investigation menée à 25 km du foyer initial du district de Befotaka, et l’enquête se poursuit pour déterminer s’ils sont en lien avec la flambée.

La zone touchée est située dans une région très isolée et difficile d’accès, caractérisée par une forte insécurité (elle est classée zone rouge en raison du banditisme local). Malgré les dispositions prises en concertation avec les autorités locales, l’insécurité ralentit les investigations et les activités de riposte. En outre, un hélicoptère a été mis à disposition, mais il a été peu utilisé en raison du mauvais temps et de contraintes financières.

Action de santé publique

Le 6 décembre, une équipe pluridisciplinaire composée de 15 membres venant du Ministère de la santé et de l’Institut Pasteur (notamment un professionnel de la santé publique, un épidémiologiste, un entomologiste et un professionnel de laboratoire) se sont rendus dans la zone touchée pour y mener une investigation épidémiologique et engager des activités de riposte.

Les principales activités de riposte déjà lancées sont les suivantes:

• Investigations épidémiologiques, notamment détection active des cas et test de détection rapide.

• Formation des agents de santé communautaires à la surveillance communautaire et à la détection précoce des cas.

• Prise en charge clinique des cas suspects.

• Identification, suivi et chimioprophylaxie des contacts.

• Lutte contre les vecteurs et les réservoirs au moyen de boîtes de Kartman.

• Sensibilisation de la population.

• Renforcement de la surveillance communautaire.

• Traitement gratuit d’autres maladies diagnostiquées, comme le paludisme.

• Renforcement de la détection précoce dans les districts voisins.

• Confirmation au laboratoire.

Évaluation du risque par l’OMS

Sur la base des informations disponibles à ce jour, le risque de propagation internationale semble faible, en particulier car la flambée concerne une zone très isolée. Cependant, les difficultés d’accès à la zone touchée ont empêché de mener rapidement une investigation. À ce stade, par conséquent, l’ampleur réelle de la flambée reste inconnue et les risques de propagation ultérieure dans la zone et de transmission durable ne sauraient être formellement écartés. L’OMS continue d’apporter son soutien aux activités d’investigation et de riposte en cours.

Conseils de l’OMS

De nouvelles investigations écologiques seront nécessaires pour comprendre pourquoi une flambée de peste a eu lieu dans une zone où aucun cas n’avait été notifié depuis 1950, et pouvoir ainsi adapter les mesures de surveillance et de lutte à long terme.

Cette flambée a des répercussions sur des communautés rurales qui souffraient déjà de leur isolement et d’un mauvais accès aux services de santé. Le personnel du Ministère de la santé bénéficie du soutien de l’Institut Pasteur de Madagascar. Celui-ci possède une riche expérience des mesures de lutte, mais la situation locale rend leur mise en œuvre complexe.

En raison de l’isolement de la zone touchée et des conditions de l’infection par cette maladie, la flambée épidémique actuelle ne représente pas un risque significatif pour les voyageurs.

Rappel de l’Appel du Ministère de la Santé Publique

Le ministère de la Santé publique appelle la population à la vigilance face à la prolifération de rats et la pullulation des puces. Il recommande l’assainissement du milieu et la lutte contre les feux de brousse qui favorise la venue des rats dans les villages.

Le ministère déconseille l’automédication qui pourrait entraîner une résistance aux médicaments et recommande à la population de se rendre dans les centres de santé de base. En effet, toutes les personnes qui ont été en contact avec les malades seront soignées gratuitement.

Le ministère recommande également à la population malgache d’être vigilante en cas de signes cliniques, à savoir de fortes fièvres, ainsi que l’apparition de bubons douloureux ou une forte toux. D’autres symptômes comme les douleurs thoraciques et les crachats sanguinolents sont aussi à surveiller. En effet, la peste pulmonaire ou bubonique est un virus extrêmement contagieux causé par les puces des rats et peut provoquer la mort en moins de 24 heures (pour la peste pulmonaire) ou en quelques jours (pour la peste bubonique).

Regards croisés de conclure: en terme statistique, certes

Les cas recensés, « ne représente pas un risque significatif », mais des voyageurs « de taxi brousse » ont payé de leur vie d’avoir côtoyé le temps d’un parcours un autre voyageur porteur de la maladie entre le 28 août et 11 septembre 2017.

Chaque année, la peste provoque entre 60 et 70 décès sur une population recensée aujourd’hui à 24 313 80 d’individus ; chiffre statistiquement trop négligeable pour enclencher une politique prioritaire d’éradication fructueuse de la «maladie du passé» !

L’OMS conclut en matière de Politique sanitaire nationale

Les politiques, les stratégies et les plans sanitaires ne sont pas des fins en soi. Ils font partie d’un processus plus vaste qui vise à aligner les priorités nationales sur les besoins réels de la population en matière de santé. Ils ambitionnent de recueillir l’adhésion du gouvernement, des partenaires de la santé et du développement, de la société civile et du secteur privé. Il s’agit également de faire un meilleur usage de l’ensemble des ressources disponibles pour la santé de sorte que toute la population, où qu’elle soit, ait accès à des soins sanitaires de qualité et puisse, en conséquence, vivre plus longtemps, en meilleure santé.

Recueillis par Nancy Razanatseheno

Ajouter un Commentaire