Publié le 09 mai 2019
Si le référendum voulu par Andry Rajoelina avait eu lieu, Madagascar se serait transformé en un régime sévèrement centralisé, tout le territoire étant administré par le président de la République à partir de la capitale. Nous l’avons donc échappé belle, car cela aurait été la négation de la décentralisation effective souhaitée ardemment par les provinces. Au moins, cela aurait été un recul du principe démocratique qui veut accorder la gestion des régions aux autorités locales élues. Le rejet du référendum par la Haute Cour Constitutionnelle a donc du bon. Car dans la consultation à la va-vite projeté par le régime, la population n’aurait pas eu le temps de réfléchir à la proposition et aurait répondu par un « oui » massif.
En fait dans les milieux de l’intelligentsia, la méfiance est née dès l’annonce par Andry Rajoelina de sa volonté d’instituer des « gouverneurs ». Dans l’histoire de l’île en effet, le terme désigne des hauts fonctionnaires qui avaient le pouvoir absolu sur les territoires confiés à eux. Le premier fut le « gouverneur général » (auparavant, c’était le résident général) Gallieni qui concentrait entre ses mains les pouvoirs civil et militaire dans l’île, de 1896 à 1905. Plus récemment, les gouverneurs des provinces autonomes étaient tellement inféodés au chef d’Etat Didier Ratsiraka (1997-2002), que quand ce dernier fut ébranlé par le mouvement populaire de 2002, ils proclamèrent l’indépendance de leurs territoires et transférèrent la capitale à Toamasina.
Annoncé dès la campagne électorale, le gouverneur de région était au départ une notion floue. Au fil du temps, Andry rajoelina allait préciser les contours de la fonction. Lors de la célébration des « cent jours » au Palais des Sports notamment, de plus amples informations furent fournies : le gouverneur a pour mission principale de réaliser dans sa région les promesses électorales d’Andry Rajoelina, par exemple sur la construction de routes et de salles de classe. Si sa prestation n’est pas à la hauteur des attentes, il est destitué par le chef de l’Etat et est remplacé. Ce qui étonne, c’est que toute évocation du gouverneur de région est assortie d’un discours décentralisateur. Ainsi selon Andry Rajoelina, le gouverneur de région est institué car trop de pouvoir est concentré dans la capitale. Ame damnée du chef de l’Etat, Lalatiana Rakotondrazafy, ministre de la Communication, a indiqué que le peuple déposait ses pouvoirs entre les mains du gouverneur, et que dans les articles remaniés proposés au référendum, il serait le destinataire d’importants transferts de ressources venant du pouvoir central. Volonté de berner la population ou méconnaissance des structures d’une administration décentralisée ? Les deux à la fois certainement, de la part de ces deux complices qui furent pratiquement les seuls à défendre sur les médias la révision constitutionnelle. Le référendum heureusement est remis à plus tard et souhaitons qu’on accorde à l’électorat plus de temps pour prendre connaissance des articles remaniés.
On l’a échappé belle, mais espérons que les micmacs des deux comparses ne reprendront pas de plus belle…
Adelson RAZAFY