Publié le 23 octobre 2019
Comme il a été rappelé dans notre précédent article, la concession des aéroports internationaux d’Antananarivo et Nosy-Be a été attribuée le 9 juillet 2015 au Consortium français composé des sociétés Aéroports De Paris-Bouygues-Colas-Meridiam. Ce consortium a été ensuite rebaptisé Ravinala Airports. Cette concession a été approuvée par décret le 4 novembre 2015. Une évidence saute aux yeux, à la lecture de ce contrat de concession : il a été conclu à l’avantage du Consortium et au détriment de l’Etat Malagasy. Toutefois, ce contrat n’a pas été mal négocié pour tout le monde. Parmi les maîtres de l’imposture qui se sont gavés en rétro-commissions, on peut citer Hery Rajaonarimampianina, Rivo Rakotovao, Henri Rabary-Njaka, James Andrianalisoa et Hugues Ratsiferana.
A cette époque, ce dernier déjeunait au restaurant de luxe La Tour d’Argent à Paris. Cette fine équipe de coquins, vauriens et gredins s’est pliée à toutes les exigences à Ravinala Airports qui a obtenu un contrat de concession en or lui permettant de réhabiliter les infrastructures aéroportuaires d’Antananarivo-Ivato et Nosy Be-Fascène mais aussi de superviser tous les contrats de sous-concession, à savoir toutes les activités extra-aéronautiques y compris le marché des Duty Free Shops (boutiques de ventes hors-taxes). Forte des dispositions du contrat de concession à son avantage, la société Ravinala Airports a lancé un appel d’offres en 2018 pour les Duty Free Shops. Le marché des Duty Free Shops a été attribué à un Groupement composé de la société suisse Dufry (actionnaire majoritaire) et de personnalités déjà établies à Madagascar, notamment Patrick Pisal (Groupe Telma), Moritz (Groupe Leader Price), Christophe Dabezies (Groupe Akanjo - Caviar du Rova) et Talounis Panayote (Groupe Talounis) qui se sont regroupés au sein d’une société commune ad hoc. L’attribution de ce marché présente de nombreuses irrégularités graves qui intéresseront l’ARMP (Autorité de Régulation des Marchés Publics), la CNM (Commission Nationale des Marchés) et le Bianco (Bureau Indépendant Anti-corruption). En premier lieu, l’offre du Groupement formé par Sofitrans (filiale d’Air Madagascar), Vima et Lagardère Travel Retail a été rejetée en octobre 2018. Pourtant, il s’agissait de l’offre la plus favorable et la plus sérieuse. En second lieu, le Groupement Dufry – Pisal – Moritz – Dabezies – Talounis, qui a obtenu le marché des Duty Free Shops, n’a aucune existence légale.
L’information pourra être confirmée auprès de l’EDBM. En troisième lieu, l’attribution du marché au Groupement Dufry – Pisal – Moritz – Dabezies – Talounis transpire la corruption et le favoritisme à plein nez. En effet, la société suisse Dufry a arrosé les responsables politiques malgaches du précédent régime, exactement comme elle l’a fait pour obtenir le marché des Duty Free Shops à l’Ile Maurice. La société suisse Dufry aurait dû faire l’objet d’investigations préalables dans le cadre d’un due diligence. Des voix s’élèvent pour réclamer avec justesse l’annulation de l’appel d’offres des Duty Free Shops lancé en 2018 et par voie de conséquence, l’annulation de l’octroi du marché au Groupement Dufry – Pisal – Moritz – Dabezies – Talounis. D’autres voix vont plus loin et exigent l’annulation du décret ayant approuvé le contrat de concession entre l’Etat Malagasy et Ravinala Airports.
R. Lola et Folojaona