La Gazette de la grande ile

Air Madagascar : Sommée de payer 20 millions d’euros par Air France

Publié le 02 mars 2020

C’est fini pour Air Madagascar. L’estocade finale lui est donnée par celle qui l’a créée, il y a 59 ans de cela, Air France qui somme la compagnie aérienne malgache de payer les sommes prononcées par le Tribunal de Commerce de Paris en guise de prix de vente des deux Airbus 340 achetés en juin 2012. Il s’agit au total de 19 992 811,35 euros, intérêts y compris.

Le litige entre Air Madagascar et Air France est survenu en juin 2018 quand le nouveau partenariat Air Madagascar-Air Austral voulait anticiper le paiement anticipé des deux avions en vue de les acquérir définitivement et s’en débarrasser après car leur exploitation représentait d’énormes pertes. Le cadeau proposé par Air France était doublement empoisonné car d’une part, les avions étaient pratiquement rejetés par tout le monde (Air France a utilisé des Boeing 777 et Olympic Airways de Grève avait vendu tous ses A340, et Airbus a cessé la fabrication des A340), et d’autre part, le contrat n’avait nullement délimité le montant des prix. On se demande d’ailleurs si ce contrat mal ficellé dont Air Madagascar avait en vain demandé la nullité, était voulu sciemment par les deux fossoyeurs Henry Rabary-Njaka et James Andrianalisoa qui avaient négocié l’achat. En tout cas, la justice française a donné à Air France qui réclamer aujourd’hui près de 20 millions d’euros.

Le commandement à payer en date du 28 février 2020, soit vendredi dernier avec obligation pour Air Madagascar de payer sous huitaine. Si la compagnie malgache ne s’exécute pas, elle s’expose à des saisies de ses biens. Depuis Marc Ravalomanana et les Allemands de Lufthansa Consulting aux commandes d’Air Madagascar, celle-ci n’a plus de bien immobilier à elle propre à Paris. Ses avions A340 ne peuvent pas non plus être saisis tout simplement parce qu’ils n’appartiennent pas encore à Air Madagascar malgré les nombres mensualités payées, le titre de propriété est encore au nom d’Air France. Seules les comptes bancaires de la compagnie malgache ouverte dans l’Hexagone peuvent être saisies par Air France. Ce qui pourrait représenter un grave problème, vis-à-vis des fournisseurs et des éventuels futurs partenaires.

En tout cas, on se demande la subite célérité avec laquelle Air France a requis des huissiers pour signifier à Air Madagascar le commandement à payer. Il est vrai que dans son jugement du 18 octobre 2010, le Tribunal du Commerce de Paris avait aussi ordonné une « exécution provisoire sans garantie ». Dès la semaine du jugement, la compagnie française a donc demandé le paiement de la somme de plus de 19 millions de dollars. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Par respect à Air Madagascar dont elle était quand même actionnaire jusqu’à 20% avant les successives augmentations du capital que la compagnie française n’ont pas suivies ? Est-ce pour donner l’occasion à Air Madagascar de peaufiner ses appels ?

Air Madagascar a, en effet, fait appel du jugement rendu en première instance du Tribunal de Commerce mais de sa décision sur l’exécution provisoire. Le jugement sur ce recours contre l’exécution provisoire est d’ailleurs programmé pour le 24 mars prochain. Pourquoi Air France n’a-t-elle donc pas attendu 4 semaines alors qu’elle a bien attendu 5 mois ?

Nos sources auprès d’Air France qui exigent l’anonymat, nous suggèrent de voir les choses, « comme toute autre, sous l’angle commercial et politique à la fois ». Les pistes suggérées sont on ne peut plus opportunes car ce commandement à payer survient après la succession d’évènements a priori séparés mais in fine susceptibles d’être liés les uns aux autres.

D’abord, il y a le retrait d’Air Austral qui de réduction de sa participation au capital est allée jusqu’à ne garder qu’une collaboration commerciale, au nom peut-être de l’Alliance Vanille. Il ne faut cependant pas oublier qu’Air Austral n’est autre que la compagnie française de l’Océan Indien créée aussi par Air France comme Air Madagascar dans le temps. Air France n’a pas participé à l’appel d’offres de partenariat stratégique et elle a laissé Air Austral diriger Air Madagascar mais sans doute les donnes ont changé avec à la fois le départ d’Air Austral et l’appel des autorités malgaches à Ethiopian Airlines.

Cet appel est justement l’autre évènement qui aurait pu précipiter cette mise en demeure. Ayant été classé seconde de la sélection de la Banque mondiale pour le partenariat stratégique d’Air Madagascar, Ethiopian Airlines n’a jamais caché son désir de s’associer à la compagnie nationale malgache. Des conseillers de Hery Rajaonarimampianina leur auraient même promis beaucoup de choses. Et deux mois seulement après l’accord avec Air Austral, le président Rajaonarimampianina a violé l’accord en accordant ses largesses à Ethiopian Airlines. C’est ce que conteste Air Austral (qui réclame un peu plus de 12 millions de dollars de compensation pour ces deux dernières années), et sans doute aussi Air France.

Enfin, on réclamerait l’application de la décision du tribunal français car l’Etat malgache vient de recevoir quelque 240 millions d’euros de la France lors du passage du ministre français des Affaires Etrangères Jean-Yves La Drian. Avant donc que cette aide soit dilapidée, autant donc récupérer 20 millions d’euros. D’autant que l’Etat malgache qui est actionnaire majoritaire ne peut aujourd’hui dire qu’il n’ a pas l’argent pour payer ces 20 millions d’euros.

En tout cas, la situation d’Air Madagascar est on ne peut plus délicate. Air Austral est partie. Air France lui tombe dessus. Et le cheval blanc Ethiopian Airlines ne répond pas du tout présent. Certes, il y eut, samedi en début de soirée au Novotel, une réunion entre Air Madagascar et Ethiopian Airlines, mais aucun accord n’a été conclu. La compagnie éthiopienne appelée à la rescousse par Rinah Rakotomanga et peut-être des proches de Hery Rajaonarimampianina était en position de force pour reprendre ses propositions contenues dans le partenariat stratégique soit la majorité du capital, la réduction de 50 % de l’effectif du personnel, et l’exploitation des lignes internationales par Ethiopain Airlines, Air Madagascar devant se limiter au réseau domestique et régional. Ethiopian Airlines a également demandé l’augmentation de ses fréquences sur Madagascar ainsi que l’utilisation des Boeing 787 et non plus des 737-800.

En fait, rien que des propositions et des idées ont été émises. Sans doute à cause de l’absence de vrais responsables : le PDG d’Ethiopian Airlines n’a pas fait le déplacement. Pareillement, on ne sait plus du côté Air Madagascar le PDG Koller dont la nomination n’a jamais été abrogée ou la Rinah Rakotomanga qui décide de tout et annonce des choses inimaginables comme l’arrivée de deux Boeings neufs d’ici 3 mois. Comme si ce laps de temps suffit pour qualifier les pilotes et stewards et hôtesses.

Sa

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