Publié le 14 septembre 2020
La commune urbaine d’Antananarivo aurait pu encourager les travaux d’embellissement des maisons en vue d’une éventuelle visite d’Etat dans la Capitale ou l’arrivée de 500.000 touristes à Madagascar. A la place de quoi, des taxes sont instaurées pour tous travaux de réparation. Des mesures surprenantes, contre-productives et à contretemps.
Manao trano an… Mikarakara an…. Le Maire d’Antananarivo Naina Andriatsitohaina est devenu l’objet de quolibets et de photos moqueuses sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de taxes qui pénalisent tous travaux d’amélioration de l’habitat : peinture, rénovation de toiture ou de plafond, dallage… De quoi décourager toute initiative d’embellissement des habitations c’est en quelque sorte forcer les citoyens à trouver des moyens de contournement.
La CUA de Tana n’a pas les moyens de faire des travaux pour un paysage urbain dans les normes. Pourquoi alors ne pas faire appel à l’initiative des contribuables propriétaires ? Une opération ville propre, un concours de quartier fleuri, une contravention en cas de devanture insalubre ou sale, rallumer les poteaux comme disait la chanson de Samoela dans son premier opus pour que la capitale redevienne « mirehatra jiro » (ville des lumières). Autant de pistes pour donner un allant et une allure dignes d’une capitale de Madagascar en organisant une émulation entre les fokontany.
La politique fiscale à Madagascar vise plusieurs objectifs dont l’augmentation du taux de pression fiscale et le vaste chantier d’intégration du secteur informel dans l’économie formelle. Les méthodes utilisées ne sont pas toujours démunies de sens. Pour preuve, on peut citer en exemple le prélèvement à la source pour les revenus qui est une pratique depuis toujours dans la Grande Ile et que la France vient seulement d’adopter depuis le 1er janvier 2019.
En parlant de la France, beaucoup de taxes ou impôts ont été sujets à discussion. La fameuse vignette automobile adoptée en 1956, par exemple, était destinée à garantir un revenu minimum aux plus de 65 ans par le biais d’un Fonds national de solidarité. Elle était devenue une sorte d’impôts pour automobiliste avant d’être supprimée en 2000. La contribution sociale généralisée (CSG) créée en 1990 pour financer la sécurité sociale est devenu un impôt permanent pour les contribuables en plus des prélèvements obligatoires déjà ponctionnés sur le salaire.
Les impôts ne sont jamais populaires mais beaucoup ont leurs utilités avérées. Pour ces nouvelles taxes du CUA, ce n’est pas la démarche de trouver des recettes pour le budget communal qui est à contester. Ce qui est discutable et à dénoncer, ce sont l’esprit et le timing de cette mesure. Ces taxes pénalisent les initiatives privées, les initiatives des citoyens, membre de la Cité. Mais surtout, elles sont créées en pleine période de crise économique et sanitaire. Pratiquement, tous les ménages doivent faire face à des dépenses imprévues causées par la pandémie Covid 19 (achat de médicaments, prise en charge de malades, funérailles) et par les mesures de confinement et le ralentissement de l’économie (baisse ou tout simplement cessation d’activités, perte de revenus, pertes financières, etc.)
En Europe, les exonérations et facilitations fiscales fusent pour relancer l’économie à la fois par la production et par la consommation. A Antananarivo, on crée de nouvelles taxes pour une population déjà exsangue. Incitation fiscale d’un côté, excitation inutile de la colère, de l’autre. Le conseil communal et le Maire seraient bien inspirés de revoir leur copie. Faly manao nouvelles taxes an… fa ny vahoaka sahirana an… manaonao foana an !
Philippe RAJAONA