Publié le 15 septembre 2020
Lors d’une émission au cours de laquelle le système anti-corruption était invité, le journaliste Gascar a terminé son émission par sa classique question avec un choix de réponse “Oui” ou “Non”. Les réponses du DG du SAMIFIN et de la coordinatrice du PAC étaient claires, sans hésitation et assumées. Les fonds de campagne utilisés durant les dernières élections ne sont pas tous licites, propres ; les pressions d’en haut lieu faites sur le PAC pour sortir des interdictions de sortie du territoire sont réelles. On ne peut que saluer l’honnêteté et l’indépendance de ces deux personnes qui sans embage et à travers un ” Oui” ou un “Non” ont démontré ce que beaucoup subodorait déjà, à savoir l’impossibilité pour les détenteurs de pouvoirs, qui qu’ils soient, de laisser les gens faire correctement le travail ; l’impossibilité pour les détenteurs de pouvoir de ne pas faire des abus.
Comme l’a dit la secrétaire exécutif du CSI, la corruption se situe le plus souvent du côté des détenteurs du pouvoir qui ont tendance à abuser de leurs pouvoirs, de leurs postes. Telle est la réalité : entre les beaux discours sur la bonne gouvernance, la lutte anti-corruption, il y a énormément d’hypocrisie, il y a une volonté de brider ceux qui bénéficient de l’indépendance prevue par la loi, par les textes et très peu de volonté politique. Cela ne date pas d’aujourd’hui, cela fait partie des mauvaises pratiques dont les dirigeants successifs n’arrivent pas à s’en défaire… et peut être même que les dirigeants successifs visent l’exercice du pouvoir pour pouvoir brider les bonnes volontés, pour abuser de leurs pouvoirs et pour faire des discours de belles théories sans être suivies d’actes.
Le regard objectif veut que si ces organismes ont été mis en place, ce n’est pas pour faire tapisserie mais pour donner un signal fort d’une volonté effective de lutter contre la corruption ; la réalité semble être la peur que les structures soient toutes mises en place pour que la lutte contre la corruption porte enfin ses fruits, à croire que lutter contre la corruption doit juste relever de l’incantation, à croire que les infractions économiques et financières doivent encore être “protégées”, à croire que le système judiciaire est parfait. On peut comprendre que certains juges aient le sentiment de ne pas être bien considérés étant donné les critères de sélection pour devenir magistrat au sein du PAC, mais c’est aussi mentir, se mentir que de dire que la justice à Madagascar a atteint l’idéal d’indépendance, d’intégrité et d’éthique et parfois même de compétence. Tant que des détenteurs de pouvoir continuent de faire pression pour des interdictions de sortie du territoire, tant que des détenteurs du pouvoir continuent d’exiger un placement sous mandat de dépôt, tant que les juges - dont l’indépendance est garantie par les textes-ne se lèvent pas tous comme un seul homme à denoncer instrumentalisation de la justice, tant que d’autres détenteurs du pouvoir ont comme objectif de saborder tous les efforts faits pour lutter contre la corruption… la lutte contre la corruption, contre toutes les formes de corruption et peu importe qui est concerné demeurera une vue de l’esprit et la confiance de la population en une véritable lutte contre la corruption ne sera pas acquise de sitôt.
D.R.