Publié le 17 septembre 2020
Selon les théoriciens de la politique «la démocratie signifierait, fondamentalement, l’autogouvernement du peuple et la décision de celui-ci sur ses propres affaires. Nul ne fait face au peuple, ni ne disposerait, face à lui, d’une autorité propre ; le peuple lui-même, les citoyens doivent décider. La démocratie directe, l’unité (l’identité) des gouvernants et des gouvernés apparaît comme la démocratie véritable et complète ». Mais il se trouve que selon les pays, les époques, l’évolution et les réalités de l’Histoire du Monde, cette notion de la pratique démocratique variait sous l’influence que la société lui donne. Si bien que «la représentation, si elle apparaît être une nécessité dans la démocratie,.. » pour la partie en minorité, elle est «un déficit pour la démocratie.» Le mot est lâché. En «privilégiant un cadre de vie permettant un «vivre ensemble » sans distinction de région, d’origine, d’ethnie, de religion, d’opinion politique, ni de sexe… » et en prenant en considération « les droits de l’homme ; le respect et la protection des libertés et droits fondamentaux… », en vertu de la Constitution en vigueur à Madagascar, peut être considéré comme nation dont «la démocratie et le principe de l’État de droit constituent le fondement de la République…»
La notion de la représentation au pays de la société Fokonolona basée sur l’esprit de la solidarité du Fihavanana, n’a rien à voir avec ce que vivent les Suisses et les Américains des U.S.A. Après la Monarchie et une ère coloniale dans la confusion des principes de l’administration du territoire et des habitants, les pionniers d’une forme républicaine sous influence des idées fortement teintées de l’héritage laissé par Jean-Jacques Rousseau à propos de «cette fusion entre le corps social et le corps politique, qui débouche sur une démocratie directe hautement égalitaire, peut déboucher alors sur une dictature réelle, les hommes ne pouvant plus s’opposer à la volonté des dirigeants qui les commandent. » Assaisonné à la sauce des courants d’idées dominant de l’époque, le projet de Philibert Tsiranana après l’obtention de l’indépendance, était de rechercher et de mettre en place une organisation sociale et économique plus juste. Le régime PSD et les décideurs de la 1ère République voulaient «obtenir l’égalité sociale ou du moins une réduction des inégalités tout en cherchant à s’installer dans un système de développement économique réaliste. » Ils étaient sur le point réussir à installer les fondements de leurs aspirations, lorsque dans presque tous les pays nouvellement indépendants du continent africain, un vent de trouble, aux visées géopolitiques économiques pour la mainmise des richesses minières et pétrolières, déferle avec violence jusque dans les îles de l’Océan Indien. Dans la confusion la plus totale, la notion de la démocratie connaîtra une mutation qui va de la révolution de palais pure et simple jusqu’aux «dirigismes démocratiques». Puis les alternances extraconstitutionnelles vont se suivre sans toutefois se ressembler. La Grande Île connaîtra au fil des changements de régimes favorisés par les mouvements insurrectionnels démagogiques, les pires moments de son histoire. Au nom d’on ne sait quelle forme de démocratie avide de sang, le deuxième favorisera une troisième République que Marc Ravalomanana, un affairiste parvenu au sommet de l’Etat et de l’enrichissement illicite à partir du sang versé. A partir de l’an 2002, le pays vivra alors les mêmes secousses systémiques de toujours, qui ne se stabilisera que récemment, après le mandat inachevé d’un Hery Rajaonarimampianina. Depuis l’élection d’Andry Rajoelina à la présidence de ce second quinquennat de la 4ème République, toutes les conditions requises se mettaient en place pour aborder les premières années des 60 prochaines années d’existence de la République. Voilà que sous la bannière rebelle d’«un déficit de la démocratie » (imaginaire et surtout stratégique) des acteurs politiques qui craignent de ne plus faire partie d’une figuration sur la scène politique nationale, s’érigent en chantres d’une agitation pour l’agitation afin de semer le trouble dans l’ordre public. C’est l’unique sens et objectif de cette idée de vouloir faire preuve de purisme démocratique qu’animent sans répit Rivo Rakotovao et quelques sénateurs aux ordres et à la botte d’un RAJAO le grand perdant de la course à la présidence récente. Pire que les effets de la Covid-19, le mal qu’ils cherchent à disperser dans l’opinion est une «forme grave» de la pratique démocratique rétrograde. Andry Rajoelina aura fort à faire pour continuer à combattre la pandémie, cette ennemie invisible qui vient de loin tout en cherchant à protéger et à immuniser la population de ce virus politique très dangereux qui dérange le cerveau des sénateurs. Danger ! A ne pas sous-estimer.
Noël Razafilahy