La Gazette de la grande ile

Code municipal d’hygiène : Assainir la Capitale

Publié le 21 septembre 2020

A plusieurs reprises, notre journal a dénoncé l’incivisme des gens, pas que dans la Capitale, qui crachent par terre, qui urinent ou défèquent partout. Le seul moment où ça s’est un peu calmé, c’est pendant l’épidémie de peste et au tout début de la pandémie du coronavirus, car il ne fallait pas cracher par terre pour éviter la transmission de la peste et/ou du coronavirus. Désormais, ceux qui trouvent un malin plaisir à cracher par terre n’importe où se verront - espérons le- infliger réellement une amende. Uriner n’importe où est devenu une sale habitude alors même que cela est sanctionné depuis plus de cinquante ans et les dernières fois où les sanctions étaient réellement appliquées, c’était durant la première République. Aujourd’hui, la commune va appliquer les sanctions : très bonne chose, mais comme la crasse attire la crasse, sanctionner sans même installer des toilettes publiques fonctionnelles au niveau de chaque fokontany équivaut simplement à vouloir racketter les gens. Oui à l’assainissement avec des mesures d’accompagnement dont la construction de toilettes publiques propres dans chaque quartier, car la majorité des rares toilettes publiques qui existent sont tellement sales que les gens finissent par faire leurs besoins à côté et non à l’intérieur. La commune veut également appliquer les règles par rapport aux nuisances sonores. Sanctionner ceux qui ont des animaux faisant du bruit et causant des nuisances sonores. La Ville n’est pas un endroit pour élever veaux, vaches, cochons, coqs et poules… sauf que depuis des années, tous ces animaux ont investi la ville devant le regard passif des voisins et de ceux censés appliquer la loi. Il fut un temps, pas loin de Tsiadana, au niveau de l’actuel Shoprite, des vaches traversaient allègrement la chaussée, ce qui laissait ahuris les étrangers de passage dans la Capitale. Depuis des années, au milieu des quartiers, c’est le bruit des coqs qui réveillaient les gens- les combats de coqs rapportent de l’argent si bien que ces coqs font l’objet de soins particuliers et ont trouvé leur place dans la cour des maisons en ville- ; depuis des années les basses-cours ont investi la Capitale ; depuis des années l’attention est attirée par le bruit que font les oies et les chiens, les meilleurs gardiens qui réveillent tout le voisinage au moindre bruit venant de l’extérieur. Aujourd’hui, les sanctions vont être appliquées en cas de nuisance sonore causée par ces animaux, nuisance sonore et donc répétitif. Tant que l’insécurité n’est pas gérée et que faire appel aux sociétés de sécurité est un luxe, on aura toujours des chiens qui vont aboyer n’importe où dans les quartiers, des chiens de garde, des chiens qui vont réveiller le voisinage. A côté des chiens, certains auront leurs oies qui sont aussi de bons gardiens. La règle veut que les basses-cours n’aient pas leur place en ville, que les rock and roll des gallinacées se passent à la campagne… sauf que depuis des années, il y a eu un laisser-faire, un laisser- aller. La campagne est venue s’installer en ville et cela ne date pas de l’ère Ravalomanana, mais bien avant, à partir du moment où on a commencé à refuser l’ordre légal, à partir du moment où on commençait à vendre tout et n’importe quoi dans les voitures sur l’avenue de l’indépendance, à partir du moment où la ville est devenue bordélique donc dans les années 80. C’est un raccourci teinté de subjectivité de tout mettre sur le dos de Lalao Ravalomanana. Dès les années 80 et surtout vers la fin des années 80, les marchands ont investi les rues de la Capitale, les basses-cours ont intégré la ville, les constructions sauvages se sont multipliées, l’incivisme a élu droit de cité, les canaux d’évacuation sont bouchés, aucun travail de curage de canaux n’est fait avant la saison des pluies, les toilettes publiques sont bouchées, la ville est moche et on ne rêve que d’une chose, s’installer loin de la ville pour trouver un peu de sérénité. L’objectif d’assainir la Capitale est louable et les sanctions doivent réellement être appliquées, cependant ce code municipal d’hygiène doit être revu de manière à ce que son application à la lettre puisse être logique. Sanctionner toutes les nuisances sonores oui, doublement oui… ces fêtes chaque fin de semaine qui commencent à 17 heures et se terminent à 6 heures du matin sans que le président du fokontany ne trouve rien à redire, ces kermesses en veux tu en voilà, ces musiques qui réveillent le voisinage tous les jours, question pour certains de montrer qu’ils ont chez eux l’appareil dernier cri et imposent aux voisins leur goût musical personnel. Mais quand dedans on y retrouve le bruit des talons et les aboiements du chien, certes excessifs, on ne peut qu’en rire… on comprend mieux pourquoi des personnes haut placées comme la ministre de la communication s’est permise d’enlever en public ses talons… Elle ne voulait pas faire de bruits pour une fois..On comprend mieux l’ironie qui inonde les réseaux sociaux autour du chien en mode silence ou en mode vibreur, car tant que la sécurité est un luxe dans la Capitale, les gens auront des chiens pour monter la garde, car ils ne peuvent pas se payer les sociétés de sécurité. Les chiens aboieront autant qu’ils voudront, car sauf miracle les chiens aboient, cela coûtera 50.000 ariary paraît-il. Ça fera beaucoup d’argent pour la commune, ce qui lui permettra d’arranger au moins les routes et vider régulièrement les bacs à ordure. Faire une fixation sur les chiens est une erreur, ce que l’on doit désormais exiger c’est que l’application du code d’hygiène municipal suppose de la Commune des services aux normes : des routes dignes de ce nom, des canaux d’évacuation propres, le ramassage des ordures tous les jours, des bacs à ordure d’une propreté exemplaire, la responsabilité pleine et entière de la commune quand il y a des gens qui subissent des préjudices en tombant dans des trous quand des esprits malins volent les dalles en béton, des délivrances de permis de construire mieux réfléchies et non selon le bon vouloir du premier adjoint au maire qui se croit calife à la place du calife. Les Tananariviens veulent vivre dans une ville où la propreté et la sécurité règnent. La crasse attirant la crasse, des mesures doivent accompagner ces annonces tonitruantes de sanctions, que la Ville soit propre, que les routes soient réparées, que les toilettes publiques soient en nombre suffisant et propres, que la sécurité soit assurée… Là, ceux qui contreviendraient aux lois en auront pleinement pour leur grade et ce ne sera que justice. Volontairement, on tait les mesures qui relèvent d’une totale ineptie comme faire payer des amendes aux mendiants et tant d’autres qui se ramassent à la pelle, à croire que ceux qui ont rédigé ce code a fait une fois de plus du copier coller en faisant le parallèle entre Tananarive et une ville toute propre de la Finlande ou de la Suisse… Revenez sur terre les gars ! Oui à l’assainissement, appliquez les textes qui ne relèvent pas encore de l’illusion et pour chaque sanction songez absolument aux mesures d’accompagnement quand c’est nécessaire. Commencez par tout nettoyer et installer des poubelles partout. Les gens ” crades” hésiteront à tout jeter n’importe où. On a toujours dit que la crasse attire la crasse et c’est pur mensonge que de mettre cela sur le dos de l’ancienne équipe de la mairie, l’objectivité veut que l’on reconnaisse que le laisser- aller des marchands ambulants, de ces saletés partout, de ces basses-cours partout, ne date pas de Lalao Ravalomanana, mais était déjà là depuis plus de 30 ans.

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