La Gazette de la grande ile

Code Municipal d’Hygiène : Cache bouche pour les chiens

Publié le 25 septembre 2020

La Commune Urbaine d’Antananarivo (CUA) a adopté le Code Municipal d’Hygiène (CMH). Plusieurs dispositions sont utiles car elles vont restaurer l’ordre et la discipline, à condition qu’elles soient appliquées, mais d’autres rencontreront une levée de bouclier, notamment celle qui concerne les chiens. L’article 79 du CMH dispose que « les propriétaires et possesseurs d’animaux, en particulier des chiens, sont tenus de prendre les mesures propres à éviter une gêne pour le voisinage par l’utilisation de tout dispositif dissuadant les animaux de faire du bruit de manière répétée et intempestive tels que collier anti-aboiement, muselière et dressage ainsi que de faire rentrer les animaux quand ils sortent de la maison. » En vertu des articles 87 et 89 du CMH, les propriétaires et possesseurs de chiens seront passibles d’une amende de 50.000 Ariary si les aboiements dérangent le voisinage.

L’infraction retenue sera le tapage nocturne, le trouble de voisinage ou l’atteinte à la tranquillité publique. Cette amende est injuste car les personnes qui connaissent les chiens savent que ceux-ci n’aboient pas par hasard ou par plaisir au milieu de la nuit. Les aboiements sont toujours provoqués par une présence humaine inconnue ou hostile ainsi que par la présence d’autres animaux. L’efficacité du chien est appréciée car cet animal sert à la surveillance et au gardiennage de son maître, de sa famille et de ses biens. Il est extrêmement utile dans le contexte d’insécurité. Les responsables de la CUA ont certainement les moyens de s’offrir un système d’alarme ou de caméra de surveillance performant ou les services hors de prix d’une société de gardiennage. Ce n’est pas le cas de la grande majorité des habitants de la capitale. Le chien a l’avantage de dissuader les voleurs et les assassins à toute heure du jour et de la nuit. Qui va garder le domicile des personnes qui sortent pour aller au travail, à l’église, au restaurant ou à une veillée mortuaire ? Après une dure journée de labeur, les gens aspirent à un repos légitime et réparateur.

Certes, les aboiements d’un chien peuvent être agaçants au milieu de la nuit noire mais un sommeil troublé par quelques aboiements est préférable à l’attaque par une bande armée. Les gangs de voleurs se frottent les mains car ils vont pouvoir commettre leurs méfaits sans contrainte et même avec la bénédiction de la CUA. L’utilisation d’une muselière est un non-sens car un chien avec un cache bouche ne peut ni alerter par ses aboiements ni mordre. Il perd donc tout caractère dissuasif. Frapper les aboiements d’une amende revient à empêcher aux propriétaires de posséder un chien et donc les incite à s’armer. Est-ce que la CUA sera capable de gérer des fusillades au milieu de la nuit ? Sachant que la détention d’armes à feu est fortement surveillée, elles vont se vendre sous le manteau et ce trafic sera incontrôlable. De nombreux propriétaires de chiens n’auront pas les moyens de payer les amendes. Vont-ils devoir se séparer de leurs animaux ? Dans ce cas, la CUA a-t-elle pensé à ouvrir des fourrières ou sera-t-elle obligée d’empoisonner des milliers de chiens errants en raison du risque de rage ? Le silence des associations cynophiles est éloquent. Soit elles se résignent à la bêtise administrative, soit elles préparent une réplique, soit elles savent pertinemment que les sanctions pécuniaires consécutives aux troubles de voisinage causés par les aboiements des chiens ne s’appliqueront pas, comme tant de nombreux articles du CMH, dans sa précédente version du 27 août 2013.

Ranary et PN

Lire aussi