Publié le 27 avril 2021
La pandémie actuelle a bouleversé notre vie au quotidien et bien plus encore puisqu’elle a remis en cause notre rapport avec les morts. En raison de l’extrême contagiosité du Coronavirus, les rites funéraires n’ont pas été seulement réduits au strict minimum. Ils ont été anéantis. Malgré eux, nos compatriotes ont été contraints de renoncer au famangiana (présentation coutumière des condoléances) ainsi qu’aux veillées mortuaires. L’argent des famangiana est pourtant essentiel pour les foyers modestes et pauvres car les sommes collectées permettent de couvrir une partie des dépenses funéraires. Même si une famille endeuillée n’est plus autorisée à recevoir des visites de condoléances, elle doit faire face à des frais incompressibles coûteux liés aux formalités administratives, aux linceuls et au cercueil.
Qu’un individu décède subitement ou des suites d’une longue maladie, sa famille tient toujours à respecter des rites immuables avant d’ensevelir la dépouille. Selon les coutumes, ce rituel peut durer entre trois et sept jours, voire davantage. Cette séparation progressive, qui permet un lent détachement et l’acceptation de la mort, est un élément du travail du deuil. C’est ce cérémonial qui a été annihilé par le Coronavirus. L’obligation de se plier aux conditions sanitaires a relégué au second plan le respect des coutumes. Actuellement, une personne décédée doit être enterrée sous 12 ou 24 heures,dans la précipitation, sans bénédiction religieuse et bien souvent en dehors du tombeau familial. Les membres de la famille qui, pour des raisons d’éloignement, ne peuvent pas assister aux obsèques subissent la double peine de subir le décès de leur proche et de ne pas pouvoir l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure.
Cette rupture avec nos coutumes ancestrales est un choc psychologique et provoque une perte de repères car tous les malgaches, quelles que soient leur position sociale et leur religion, ont toujours été soucieux de réserver des funérailles dignes aux défunts. Il n’y a rien de plus humiliant pour une famille ou une ethnie que d’enterrer un proche comme un chien dans un lieu inconnu. La mort brutale d’un proche et son inhumation instantanée sont un cauchemar pour les vivants. Il faut être malgache pour comprendre cela. Le Coronavirus a réduit à néant des rites séculaires qui ne seront que partiellement rétablis après la crise sanitaire.
Une fois la pandémie passée, il faudra retrouver les corps ensevelis à la va-vite et les conduire vers le tombeau familial. Il faut s’attendre à d’innombrables conflits. Les familles des défunts vont mettre des mois, voire des années, avant d’avoir le courage, la volonté ou les moyens de récupérer un corps enterré sur le terrain appartenant à une personne identifiée ou non. Certains propriétaires exigeront une compensation financière.
Phil de Fer