Publié le 29 avril 2021
La seconde vague de la pandémie, un peu plus que la première, nous a rapproché de la philosophie en raison de la survenance d’innombrables morts brutales. Pour rappel, la philosophie se définit comme l’amour de la sagesse. La peur de la mort a tellement chahuté notre quotidien et chambouler nos projets que nous nous sommes (re)mis à mesurer la fragilité de la vie et à revenir aux choses essentielles. Le matin, chacun quitte son domicile le ventre noué par la peur en raison d’une indicible angoisse de mort. On a peur de sa propre mort, autant que de celle de ses proches. Le taux de létalité du Coronavirus est si élevé que plus personne ne se croit invincible. On est dépassé par les évènements. La moindre quinte de toux est vécue comme un psychodrame. A la plus petite hausse de température corporelle, on voit sa vie défiler. Le soir, on rentre chez soi avec le sentiment d’avoir gagné une journée de vie. Aujourd’hui plus qu’hier, chaque matin est devenu un jour nouveau, avec la peur qu’il s’agit peut-être du dernier. On vit un jour après l’autre, presque à la manière de nombreuses personnes qui vivent au jour le jour. Les plus croyants remercient Dieu. Les autres félicitent la science, le destin ou la chance. Un jour, on est tenté d’affirmer que « ça déprime ». Le lendemain, on a envie de scander «Carpe Diem » (cueille le jour). On finit par découvrir que « ça déprime » est l’anagramme de «Carpe Diem ». La mort n’est pas le seul sujet philosophique obsédant en cette période difficile. Il y a aussi la liberté. L’interdiction de se rendre dans une autre région et à l’étranger est une atteinte à la liberté de circuler. Il en est de même de l’impossibilité de sortir le samedi et le dimanche qui réduit la capacité de s’adonner aux loisirs. Cette limitation du champs des possibles nous amène à réfléchir sur la liberté et à la chérir. Nos concitoyens souffrent de cette contrainte mais ils sont conscients du fait que l’Etat a restreint la liberté individuelle par unique souci de préserver l’intérêt général. Ils ont compris que l’isolement n’est pas un châtiment. C’est une exigence sanitaire, un mal pour un bien car on peut mourir du Coronarivus en sortant de chez soi ou en le laissant rentrer chez soi. Il est donc préférable de réduire sa liberté de circuler plutôt que de mourir en s’y accrochant. Pour gagner un peu de temps face à la mort, il est sage de se résigner à renoncer à un peu de mobilité dans l’espace. En aliénant nos vies, le Coronavirus nous a ramené à l’humilité qui participe à la philosophie. Le problème est qu’après la crise sanitaire, l’amour de la sagesse sera vite oublié, ce qui fait que «les amères leçons du passé doivent être réapprises sans cesse.» (Albert Einstein).
Phil de Fer