Publié le 24 novembre 2022
Avec l’omnipotence perverse du Président, « Petit Timonier », l’aide internationale fait plus de mal que de bien à la majorité des Malagasy. Elle est devenue un financement gratuit de la campagne présidentielle de la mouvance au pouvoir en vue de sa candidature aux élections de 2023. Madagascar est un pays très pauvre et très fragile, la communauté internationale des donateurs promet de l’argent en échange de réformes qui manquent souvent d’une supervision et d’une mise en œuvre adéquate. L’accroissement de la pauvreté depuis une décennie le prouve ; le taux de pauvreté atteint un sommet historique de plus de 81% maintenant. L’aide internationale est devenue une illusion pour la majorité des Malagasy.
En effet, Madagascar n’est pas étranger aux paquets d’aides. Au cours de ces dernières années, Madagascar a absorbé jusqu’à plus de 2 à 2,5 milliards de dollars d’entrées de capitaux. Ces chiffres qui donnent à réfléchir contrastent fortement avec la médiocrité des infrastructures et de l’économie du pays. L’État Malagasy est tristement devenu célèbre pour ne pas être en mesure de fournir les services les plus élémentaires à sa population sans les aides (la sécurité alimentaire non assurée se traduisant par des millions de Malagasy en situation de famine, la sécurité en général insuffisante, une éducation de mauvaise qualité, des services de santé insuffisants, une fourniture d’électricité marquée par des délestages sans fin, des millions de jeunes sans-emplois etc…).
Madagascar serait-il incapable de fonctionner simplement, parce qu’il manque de ressources ? Il s’agit d’un discours fréquemment utilisé par les acteurs politiques actuels à la recherche d’une aide internationale. Ils affirment que l’État est mal équipé pour supporter le poids des 28 millions de pauvres Malagasy sans ces aides. Un doute considérable sur l’efficacité de tous ces apports d’aide est en train de s’installer. L’aide au développement aide-t-elle réellement ? La majorité des citoyens normalement constitués et silencieux constate que l’aide étrangère produirait principalement des effets inverses pour Madagascar avec la gouvernance et la politique appliquées actuellement. Malgré les bonnes intentions d’aider, les pays amis ne peuvent en fait que nuire une vraie relance de notre économie fragile et contribuent à la pérennisation de la corruption de l’État dans le système actuel. La corruption est devenue un problème permanent à tous les niveaux à Madagascar. Aucun secteur n’est à l’abri, mais il est le plus répandu lorsqu’il s’agit de la justice, de la gendarmerie, de la police, des impôts, des douanes, des terres et de l’industrie minière. Comment peut-on attirer l’investissement du secteur privé pour créer de l’emploi décent aux millions de jeunes Malagasy avec une corruption endémique qui fait obstacle ; en plus, les liens étroits entre les élites commerciales et politiques présentent également des barrières à l’entrée pour des nouveaux investisseurs privés.

Nos partenaires techniques et financiers sont en train de « Soutenir l’insoutenable ». L’accroissement sans fin de la pauvreté et de l’inégalité révèle que le système politique et économique à Madagascar ne sont pas viables. En plus, plusieurs indicateurs montrent que l’aide étrangère n’a pas fait évoluer les réformes nécessaires pour la lutte contre la pauvreté. Frapper à la porte des amis internationaux pour demander de l’argent était la solution à chaque fois qu’un forum international se tient et à chaque fois que le pays prépare son budget annuel. Elle est devenue la principale politique chaque fois que le risque d’une augmentation du déficit public se profile. Par exemple, pour financer la balance des paiements négative du gouvernement, pour intervenir sur le marché des changes afin de stabiliser la monnaie et pour réduire les taux d’intérêt sur les instruments de la dette publique. Madagascar a toujours signé des accords avec le FMI. Les apports financiers ont permis au gouvernement de donner du crédit à notre économie. Il a accru la confiance internationale et nationale dans les banques du pays, permettant ainsi la poursuite des emprunts sans souci. Cela a créé un effet critique : une dépendance à l’aide étrangère pour la stabilisation de notre économie. Afin de constituer ses réserves de change et de poursuivre ses politiques insoutenables, l’aide internationale est devenue une nécessité. Mais où est le résultat en matière de lutte contre la pauvreté ? Zéro, à voir le taux de pauvreté atteignant un sommet historique de plus de 81% maintenant.
Il faut reconnaitre que les aides n’étaient pas un simple acte de compassion : les donateurs pourraient poursuivre leurs propres objectifs stratégiques en hiérarchisant soigneusement les régions, les secteurs et les méthodes de décaissement de l’aide. Le financement du développement était un instrument de politique étrangère permettant aux acteurs extérieurs de renforcer et protéger leurs alliés présents et leurs intérêts aux pays. Mais leur appui n’a fait que prolonger et renforcer le jeu de la corruption dans le système politique et économique actuel de Madagascar.
Jusqu’ à maintenant l’aide étrangère a également joué un rôle dans le maintien en vie du système politique et économique pervers actuel. Avec le système utilisé, le patronage est de règle pour prendre les postes clés des ministères (Secrétaire général, Directeur général, Directeur…) ; mais les institutions administratives de Madagascar sont complètement effondrées à cause du mode de gouvernance hyper centralisée du Président omniprésent et omnipotent. Des postes clefs sont même assurés par des intérimaires pour bloquer toute bonne initiative pour le bon fonctionnement de la chose publique. Tous doivent passer à la Présidence malheureusement. Et les partenaires techniques et financiers de Madagascar sont obligés de combler les lacunes là où l’État ne fournit pas de services sociaux, d’infrastructures ou d’éducation, en le contournant à travers leurs agences d’exécution (FAO, UNICEF, PNUD et autres institutions privées.)
Les autorités politiques sont là pour la pose de la première pierre, l’inauguration et la participation aux activités de communications de protection de la réputation institutionnelle de nos amis partenaires. En conséquence, l’aide appuie les autorités politiques détentrices de pouvoir à conserver leur soutien et à assurer leur réélection. Pourtant, en comblant ces lacunes, nos partenaires maintiennent des lacunes structurelles dans la gouvernance de Madagascar, créant un cercle vicieux de décadence. En redirigeant les fonds du budget public vers les électeurs du parti au pouvoir, et comme l’État ne peut plus fournir des services adéquats aux citoyens, nos partenaires augmenteraient ainsi le capital politique de la mouvance présidentielle au pouvoir. Cette dynamique crée une forte incitation à notre « Champion » à être encore plus omniprésent et plus omnipotent, à ne pas se soucier de la construction d’une administration publique digne d’une république et à rendre ainsi dépendante de lui sa base électorale dans un pays où la majorité est maintenue ignorante, pauvre et sans choix.
Il est temps de mettre de l’ordre dans cette gouvernance pour une intégrité de la démocratie à Madagascar et pour que les aides soient utilisées efficacement et effectivement pour l’atteinte des objectifs de développement d’éradiquer la pauvreté et les inégalités.
Zaza R.