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Ravinala Airports – Enquête sur corruption : Bouygues et Colas envisagent de se retirer

Publié le 05 janvier 2022

Les premiers mois d’opération de la nouvelle aérogare d’Ivato, construite et gérée par un consortium associant Aéroports de Paris, le fonds Meridiam et les groupes de BTP Bouygues et Colas, risquent d’être perturbés par les conclusions d’une enquête menée par l’unité anti-corruption de la Banque mondiale, dont une filiale a participé au financement du projet.

C’est une véritable épée de Damoclès qui plane au-dessus du consortium Ravinala Airports, qui associe Groupe Aéroports de Paris (ADP), le fonds d’investissement Meridiam et les sociétés de BTP françaises Bouygues et Colas. La branche Intégrité de la Banque mondiale (BM), une unité indépendante chargée d’enquêter sur les allégations de fraude et de corruption au sein des projets qui bénéficient du soutien de l’institution financière, met actuellement la dernière main à ses investigations sur les conditions d’obtention du contrat de construction et de gestion de la nouvelle aérogare d’Ivato, inaugurée le 16 décembre et gérée par Ravinala. Une filiale de la banque, la Société financière internationale (SFI), a en effet prêté 45 millions d’euros sur les 220 millions investis dans les travaux d’extension et de réhabilitation d’Ivato (sollicitées, la Banque mondiale et la SFI n’ont pas donné suite à nos demandes de précisions).

L’enquête de la Banque a été lancée à la suite d’accusations de l’un des concurrents malheureux de Ravinala. En 2015, sous la présidence de Hery Rajaonarimampianina, quatre entreprises s’étaient disputé le contrat de construction et de gestion d’Ivato : la firme chinoise Anhui Foreign Economic Construction Co et trois consortiums français associant, d’une part, Vinci Airports et Sogea-Satom, de l’autre Egis et Inframad et enfin le groupement constitué d’ADP, Bouygues et Colas, qui fut déclaré vainqueur.

Kroll avait enquêté

Conscient des investigations de la BM, le fonds Meridiam, qui s’est joint à l’ensemble ADP, Bouygues et Colas en 2016, avait, au préalable, commandé une enquête de conformité au cabinet Kroll. Les recherches de la société d’enquête privée n’avaient fait apparaître qu’un accroc, jugé mineur, dans le processus d’attribution du contrat. Sur la foi du rapport de Kroll, le fonds présidé par Thierry Déau avait décidé de rejoindre le consortium victorieux.

Mais la division Intégrité de la Banque, elle, a poursuivi ses recherches et a envoyé ces dernières années plusieurs missions à Madagascar pour enquêter sur ces accusations de corruption visant ADP, Bouygues et Colas (ayant rejoint le consortium après l’attribution du contrat, Meridiam reste hors du périmètre des investigations). En parallèle, l’administration du président Andry Rajoelina avait elle-même lancé plusieurs enquêtes sur le contrat, signé par son prédécesseur, Hery Rajaonarimampianina (voir notre enquête, AI du 25/05/20). Sollicités, les dirigeants de Ravinala à Madagascar n’ont pas donné suite à nos demandes de précisions.

La finalisation du rapport de la BM intervient au moment où Bouygues et Colas envisagent de se retirer de Ravinala et de céder les 20 % qu’ils détiennent conjointement aux deux autres partenaires, comme le prévoient les statuts du groupement. Si ce projet de cession est mené à bien, Meridiam, qui dispose déjà de 45 % de Ravinala, en deviendrait l’actionnaire majoritaire.

AI du 25/05/20

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