La Gazette de la grande ile

Attalah Béatrice : « je n’ai jamais détourné de l’argent »

Publié le 09 octobre 2019

Moins d’une semaine après la publication à la UNE d’un quotidien de la place d’un article sur les dépenses quotidiennes de la présidente du Comité de Normalisation du football (CDN) et de son gendre, le jeudi 3 octobre dernier, la présidente de la CDN, madame Attalah Béatrice a décidé enfin de sortir de son silence pour mettre les points sur les « i ». Dans une interview exclusive effectuée hier à son bureau à la Cour Suprême, Madame Attalah Béatrice a accepté de répondre à nos questions. Entretien :

* La GAZETTE de la Grande île :D’après vous, pourquoi la sortie d’un tel article à de tel moment ?

- Attalah Béatrice : On a eu une réunion avec les anciens membres du Comité de Normalisation, en voyant quand même la sortie de cet article d’un quotidien que vous avez dit tout à l’heure. Ainsi, nous condamnons fermement les formes de diffamation qui a été sortie de ce genre.

Pourquoi parler aujourd’hui ? Comme vous le savez, je suis quand même magistrat à la Cour Suprême de Madagascar. Il y a aussi le vice-président du CDN et de la Cour Suprême, qui était en mission en province. Donc, je voulais attendre son retour pour qu’on puisse se réunir ensemble avec d’autres membres du CDN, pour réfléchir et pour voir qu’est-ce que c’est ? Pourquoi ? Et on a fait vraiment le topo et en tant que magistrat de la Cour Suprême, je voulais avoir aussi l’aval de l’accord de mes supérieurs hiérarchiques pour pouvoir vraiment en parler.

Je ne veux pas répondre à ce quotidien, mais je voulais retablir la vraie situation financière de la fédération quand on était nommé membre du CDN en Novembre 2018.

Il y avait deux points : Pourquoi la FIFA avait mis en place la CDN, premièrement parce qu’il y avait les élections de la Fédération Malgache de Football (FMF) qui avaient échoué en 2018 et deuxièmement, il y avait aussi des financements et des subventions qui ont été envoyés par la FIFA et la CAF en 2018, ou il n’y avait pas de pièces justificatives. Donc à ce moment-là, nous même en arrivant à la CDN une semaine après la suspension par la FIFA de la fédération, il n’y avait pas d’Etat financier de 2018. Donc, on a commencé à travailler avec les pièces qu’on a trouvées sur place. Il y avait l’affaire courante aussi à ce moment-là. Et l’affaire courante comme vous le savez il y avait toutes les compétitions à faire, il y avait tous les matches à faire, il y avait la préparation de la CAN, le Beach soccer, tout ça à faire, donc on a travaillé avec ce qu’on a et avec qu’on avait en main.

A notre arrivée à la FMF, il y avait des dettes aussi, des dettes opérationnelles qu’on avait hérité, des dettes pour les hôtels, les traiteurs, les pharmacies, et les agences de voyage, et des primes de qualification des joueurs.

Donc, je me pose la question pourquoi ce dénigrement maintenant puisqu’il s’agit bien d’un dénigrement ?

Lors de mon discours à Toliara en ouverture des élections de la FMF à Ifaty, j’ai parlé haut et fort c’est la première fois qu’on était fière d’organiser ces élections là mais, on n’était pas fière à côté parce qu’on était obligé de laisser des dettes et parmi les dettes sont les primes des joueurs qui ne sont pas d’ailleurs arrivées puisque le financement n’a pas été effectué, ça fait partie des dettes opérationnelles qu’on a laissé. Il y avait aussi d’autres dettes des agences de voyage qu’on a hérité donc, voilà en quelque sorte que je peux répondre aujourd’hui mais, s’il y avait de détournement de fonds , s’il y avait un problème de financement à la fédération je pense que le premier responsable c’est la FIFA. La FIFA a envoyé des auditeurs, un cabinet de Londres, les membres de cabinet ont fait leur audit. Nous mêmes, on avait fait des Procès-Verbaux (PV) de carence sur l’Etat financier de 2018. Donc, je pense qu’aujourd’hui les financements soit de la FIFA ou la CAF sont déjà virés sur le compte de la FMF.

* La GAZETTE de la Grande île :Madame la présidente, qu’elle était votre sentiment en lisant cet article ?

- Attalah Béatrice : C’est vrai que pour la première fois dans ma vie, j’étais quand même présidente de la CENI, j’ai reversé 5 milliards d’ariary au Trésor public à l’époque, j’étais membre du Conseil national électoral en 2002 et 2009, j’ai reversé 200 millions d’ariary à l’Union Européenne à Bruxelles, parce que j’ai géré le budget financé par l’Union Européenne, au ministère des affaires étrangères on ne m’a jamais parlé de question d’argent de détournement de dépenses, je suis vraiment très difficile sur ça, en tant que magistrat. C’est vrai que ça a affecté surtout ma fille, mes nièces et mes neveux, qui ont fait eux aussi leur investigation en disant qui est derrière tout ça, on le sait aujourd’hui, on sait pourquoi, mais comme je suis magistrat, j’ai une obligation de réserve et je vais garder ça, mais c’est surtout ma fille que à l’école en disant que sa maman est parmi les gens qui sont malhonnêtes qui m’a touché. Elle-même m’a supplié de demander de répondre, de donner des explications, et c’est pour cela que j’ai demandé l’autorisation de mes supérieurs hiérarchiques aujourd’hui pour que je puisse parler que Attalah Béatrice n’a jamais détourné d’argent et n’a jamais volé d’argent. Ce n’est pas à la fédération par respect pour le président de la FIFA et par respect pour madame le Secrétaire Général que je vais m’amuser à faire de telle chose. Et aussi en tant que magistrat de la Cour Suprême, non, je n’ai pas détourné, je n’ai pas volé et je ne volerai jamais.

* La GAZETTE de la Grande île :Qu’en est-il donc de cette dépense quotidienne de 70 millions de fmg ?

- Attalah Béatrice : Je ne sais pas qui a dépensé ça mais en tout cas moi je n’ai pas dépensé 70 millions de fmg par jour, c’est beaucoup. Moi-même je paie les repas de mon chauffeur et de mon garde du corps tous les jours donc je n’ai jamais dépensé 70 millions de fmg par jour.

* La GAZETTE de la Grande île :A l’origine de cet article que beaucoup qualifie de dénigrement, il y a cette question de primes. Madame la présidente quels sont les tenants et aboutissants de cette histoire de primes ?

- Attalah Béatrice : C’est vrai que cette histoire de prime ça fait jaser, moi je veux classer en quatre catégories les primes. Il y a les primes de qualification d’abord. Les primes de qualification ça fait partie des dettes opérationnelles qu’on a héritées de l’ancienne FMF en 2018. Ce sont les primes des matches de qualification que les joueurs ont joués. Parmi ces primes de qualification, il y avait des discussions, comme je l’ai dit aux joueurs et je le répète encore aujourd’hui, on est Malgache est-ce qu’on peut discuter parce qu’il ont demandé beaucoup d’argent, plus de deux cent milles (200 000 euros) donc je leur ai demandé est-ce qu’on peut discuter parce que la fédération ne peut pas payer cette somme-là, parce que ce sont des dettes opérationnelles qu’on a déjà envoyés avec toutes les autres dettes les arriérés de la fédération qu’on a envoyé à la FIFA et que la FIFA n’a pas répondu si elle va le payer ou non.

Après discussion, on était arrivé à 107 000 euros, Donc on a envoyé 107 000 euros à tous les joueurs qui ont participé aux qualifications, sur ça il y a 90 000 euros pour les joueurs et 17 000 euros pour le staff technique.

A l’époque, il y avait le partenariat avec TELMA, qui nous a promis qu’elle va mettre en place un club des partenaires pour qu’elle puisse prendre en charge la moitié des primes à payer soit 103 000 euros. Mais en discutant avec les joueurs, ces derniers ont dit qu’ils ont envoyés une lettre au président de la République, comme quoi la fédération ne pouvait pas payer la moitié des primes, donc ils ont demandé au président de la République de payer la moitié de ces primes de qualification. D’où l’octroi par le Président de la République des 700 millions d’ariary au vu et au su de tout le monde qui n’était pas géré par la fédération.

Lors de notre réunion avec les joueurs à Alexandrie en Egypte, selon les joueurs, ils ont annoncé que 26 personnes dont 23 joueurs ont reçu 3000 euros par personne par le DG de TELMA, ça fait à peu près 78 000 euros. Sur ces primes de qualification je leur ai dit qu’on va fermer la page de ces primes de qualification car vous avez déjà reçu, les 107 000 euros de la CDN, les 700 millions d’ariary du Président de la République et les 78 000 euros des partenaires. Donc on va parler maintenant des primes de performance.

C’est la deuxième prime que je voulais parler. Les primes de performance sont les primes que la CAF a envoyé à toutes les fédérations à chaque étape de la qualification dans les matches pendant la CAN. On est arrivé à un million de dollars aujourd’hui, sur ces un million de dollars, la CAF nous a envoyé 250 000 dollars d’abord, le temps où la CDN a géré la FMF, dès qu’on a reçu les 250 000 dollars, le 12 juillet 2019, on a envoyé 7000 dollars par joueur, pour les 23 joueurs et aussi le coach, parce que c’était dans le protocole d’accord qu’on a signé avec les joueurs. Ces derniers ont accepté qu’on puisse inclure le coach dans les différents calculs des primes de performance. Donc, sur les un million de dollars aujourd’hui, 78,1 % sont les primes de performance des joueurs et le coach. Les 750 000 dollars moins 7000 dollars à peu près sont arrivés sur le compte de la fédération après le départ de la CDN. Donc je pense aujourd’hui que le nouveau président de la FMF a déjà versé les primes de performance restante aux joueurs.

A ce propos, il y a aussi, le staff technique. Les primes pour le staff technique étranger, le staff technique national et le staff de la fédération. Mais, on parle de prime de participation cette fois-ci pour le staff technique. Ceci, pour la simple raison que tout le monde a mis la main à la pâte pour réussir la préparation de la CAN.

Donc une décision a été laissée au nouveau président de la FMF, Arizaka Rabekoto Raoul comme quoi voilà la décision qu’on a pris ensemble pour les primes de participation des staffs techniques et de la fédération.

J’aimerais faire remarquer que moi-même avec mon Secrétaire général, on n’a pas reçu 25 000 dollars comme on l’a écrit dans l’article de dénigrement.

J’aimerais dire que toutes les dépenses pour la préparation et pour la réussite de la CAN ont été prises par la fédération et il n’y avait que trois partenaires qui ont accepté de nous appuyer, il y a Accord Knits, la CNaPS et l’Assurance ARO.

Sinon, tous les autres partenaires ont versé leur participation à l’association Barea qui a été gérée entre autres par le capitaine d’équipe Faneva Imma.

Il y avait une quatrième prime que j’aimerais bien aussi signaler. C’est la prime de perte de salaire. La prime de perte de salaire est pour le staff technique dont le coach qui est toujours payé dans cette prime de perte de salaire dès qu’il se déplace avec les joueurs. On a toujours payé les primes de perte de salaire pour le staff technique.

Pour les joueurs, quand ils font les matches ou quand ils font leur déplacement, on a toujours payé des primes pour leurs petites dépenses quand ils se déplacent hors de chez eux. Donc aujourd’hui, les primes de performance et les primes de participation les 750 000 dollars sont déjà arrivées. Elles sont déjà versées dans le compte de la fédération à la banque BFV au moment où l’on parle.

* La GAZETTE de la Grande île :Pensez-vous madame la présidente que derrière cette campagne de dénigrement par la presse il y a une relation avec la politique ?

- Attalah Béatrice : Je pense qu’il faut poser la question à la personne qui a demandé à ce journaliste d’écrire et de nous dénigrer ainsi.

* La GAZETTE de la Grande île :Le mot de la fin madame la présidente ?

- Attalah Béatrice: Je condamne vraiment la forme de diffamation effectuée à notre égard, nous on était quatre membres de la CDN, on a des doubles signatures, moi-même et le procureur général de la Cour suprême, donc si la FIFA nous a mis en place c’est parce qu’elle a aussi fait des investigations. Elle a fait aussi des enquêtes de moralité concernant les quatre membres de la CDN. On est des magistrats, des juristes, donc je pense que c’est des gens triés sur le volet. On a vécu des menaces des lettres très dures envoyées par les joueurs, on a vécu des pressions par le coach, quelques joueurs et le coordonnateur pendant la CAN.

Les medias ont vécu aussi quelque chose pendant la CAN, le capitaine, le coach qui ont dénigré et qui n’ont pas accepté la RNM et la TVM à assister à l’entraînement des joueurs, tout ça on a vécu mais comme je l’ai dit, c’est notre linge sale on les lave en famille, on a essayé de régler tout ça en famille. Mais je me demande aujourd’hui pourquoi le coach a lavé nos linges sales en dehors de Madagascar, qui, pour parler au nom de Madagascar et où est l’amour de Madagascar comme il le dise souvent. Et la question que je me pose est qu’aujourd’hui, le match amical contre Maurice est annulé est-ce donc à cause de la prime ou autre chose ?

Donc je me tourne vers l’Etat malgache, il faut aider la fédération parce que c’est vraiment dur d’aller à la CAN aujourd’hui, j’aimerais bien que l’Etat malgache n’écoute pas tous ces beaux parleurs et donneurs de leçon mais il faut voir les choses en face, il faut discuter avec les joueurs et je voulais encore une fois remercier les joueurs et remercier le peuple malgache sur tout ce qu’ils ont fait lors de cette CAN.

Propos recueillis par F.A.R

Lire aussi