Publié le 02 juin 2020
La prestation du président Andry Rajoelina dimanche dernier a été une occasion pour tout un peuple de comprendre finalement à quel point ce pays a été le jouet de toute une série de manipulations politiciennes à buts économiques et financiers. Après avoir donné à ses compatriotes les ultimes directives pour la bonne continuation de la lutte contre cet «ennemi invisible» le Covid-19, il avait longuement dénoncé les comportements hypocrites de certains acteurs politiques et les faux semblants des hypocrites qui adoptent des comportements de façade dans le but de tromper…Afin de vivre par la ruse au dépend des intérêts publics en exploitant les prérogatives étatiques par décideurs interposés. Les divers commentaires dans les salons, la grande presse internationale et les médias locaux sur un évènement d’une importance capitale tournaient surtout autour de «790 cas de Covid-19 et 6 morts. Samedi, l’état d’urgence sanitaire a été prolongé de quinze jours lors d’un Conseil des ministres. Le président a annoncé de nouvelles mesures et a justifié la construction d’un colisée romain. (…) Devant un parterre d’une vingtaine d’invités et de deux journalistes, Andry Rajoelina s’est voulu tout de même rassurant. Tout en annonçant le début d’essais cliniques d’injection à base d’artemisia avec participation de l’OMS, le Chef de l’Etat a déclaré que «Même si le nombre de personnes infectées ne cessent d’augmenter, nous pouvons dire que nous maîtrisons l’épidémie ».
Dans un contexte aussi complexe, le régime en place a toujours fait preuve d’une admirable détermination pour annoncer un allègement lucide dans le respect «des gestes barrières» que ses détracteurs malveillants aux ambitions déplacées n’arrêtent pas de diaboliser les efforts et mesures prises par les autorités centrales. Là-dessus une dépêche de RFI rapporte justement que le président de la République s’est longuement étendu pour justifier la construction d’un colisée romain dans l’enceinte historique et sacrée du Palais de la reine, à Antananarivo. Une annonce qui suscite une vive polémique dans le pays depuis une dizaine de jours. A ceux qui ont tenté de l’accuser d’avoir violé le tabou sur le respect des hauts lieux de la culture Merina « Andry Rajoelina assure ne pas faire n’importe quoi en érigeant ce bâtiment et précise que sur le plan architectural, il n’est pas trop éloigné du Palais de la reine. Il a aussi cité une liste d’architectes étrangers qui ont contribué à la construction des différents palais royaux dans le passé ». Il va même jusqu’à rafraîchir la mémoire collective en rappelant cette ignoble profanation de ces lieux sacrés sous le règne d’un Marc Ravalomanana qui avait commencer les premiers travaux de la réhabilitation du site du Palais de la Reine. Alors que malgré toutes les insinuations mensongères pour salir son tombeur de 2009, c’est plutôt lui, qui est le spécialiste notoire en matière de détournements de crédits et de mauvaises pratiques financières. Patron d’un empire d’une industrie laitière parvenu au pouvoir par le premier vrai coup d’Etat de l’an 2000, il a régenté Madagascar dans les pires conditions qui n’avaient rien à voir avec ce souci de «transparence», dans la gestion du budget de l’Etat en général et des crédits affectés aux travaux de reconstruction. Le Magazine FORBES le considère comme l’une des plus grandes fortunes de son pays appauvri tout en état copropriétaire de SHOPRITE. Le pouvoir en place n’est pas seulement confronté à des individus pareils obsédés du pouvoir pour le pouvoir. Profitant de cette conjoncture à problèmes provoquée par la propagation d’une pandémie pour le moment bloquée efficacement, un noyau de profiteurs au sein du secteur privé tente de pousser contre le mur Andry Rajoelina et son équipe sous le prétexte plein de calculs vicieux d’inciter le pouvoir public à aider les entreprises à faire face aux aléas économiques et financiers du confinement. Il est indéniable que la période d’épreuve que vit actuellement l’ensemble du pays n’est pas sans conséquence sur les trésoreries des activités du secteur formel. Mais il ne faut pas oublier pour autant que ces affairistes, devenus les plus grands propriétaires immobiliers de l’île, ont le dos suffisamment solides pour avoir été les «enfants gâtés de tous les régimes» depuis l’indépendance. Ils ont l’avantage d’avoir mis de côté leurs fortunes fabuleuses par le biais de l’évasion fiscale vers des comptes discrets dans les paradis fiscaux. Le plus fameux un richissime industriel accapareur de terrains fonciers Amir Rajabaly a toujours eu la finesse de s’associer à des intérêts étrangers dans des sociétés-écran. Déjà propriétaires de plusieurs groupes dans le secteur du tourisme (Hôtel IBIS, plus un complexe hôtelier sur le littoral), il a réussi un partenariat avec le Groupe Accord et obtenu en banlieue de la capitale un immense périmètre rizicole qui pourrait être remblayé plus tard et devenir des zones résidentielles au détriment des lieux de déversoirs de l’Ikopa en cas de crues et d’inondations. Les mauvaises langues ont beaucoup jasé sur le site qui a servi pour la réception du Pape François… Le comble est qu’il n’est pas le seul à bénéficier ainsi de la complicité des responsables fonciers et même des ministres tels que Rolland Ratsiraka et tant d’autres qui ont facilité l’acquisition douteuse et abusive de tous ces terrains. Corruptions, participations aux campagnes électorales et cadeaux en nature obligent. Et lorsqu’aujourd’hui, le secteur privé fait pression pour bénéficier des mannes d’une relance économique par le chantage à partir de la menace que «près de 400 000 employés du secteur privé pourraient être privés de salaire les mois prochains »… Si le président Rajoelina et le gouvernement acceptent de jouer le jeu, il doit d’abord exiger de certaines entreprises aux agissements douteux de montrer pattes blanches. Et surtout concernant les rapatriements des devises et avoirs extérieurs de ces Fatsouraly & Cie. Il y a également ces fausses déclarations fiscales très «monnaie courante» sonnante et trébuchante qui sont à la base de l’empire de TIKO et de tous les fraudeurs du monde des affaires. Sinon, il sera induit en erreur et le pays subira encore et toujours les pièges de quelques requins du secteur privé qui tentent de profiter de l’occasion pour s’enrichir encore et toujours sur le dos de l’Etat. Que les sceptiques consultent les registres domaniaux et ils auront la surprise d’y trouver une foule de propriétaires qui ne résisteront pas à une investigation sérieuse sur les procédures viciées qui ont permis d’être les riches promoteurs immobiliers qu’ils sont aujourd’hui.
Noel Razafilahy